Et pendant ce temps-là, les Roms continuent d’être expulsés

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Le mouvement de solidarité à l'égard des réfugiés ? Les populations roms n'en bénéficient pas. À l'occasion de la publication de deux rapports, le collectif associatif Romeurope dénonce l'instauration d’un « véritable système de mise au ban de la société française ».

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Alors que les feux des projecteurs médiatiques sont braqués sur les milliers de réfugiés remontant la route des Balkans pour rejoindre l’Allemagne ou la Scandinavie, les familles roms vivant dans des bidonvilles en France continuent de se faire expulser de leurs lieux de vie précaires sans que cela ne provoque beaucoup de remous.

Dans deux rapports publiés mercredi 23 septembre, Romeurope, qui regroupe plusieurs associations et collectifs (voir ici sa composition) venant en aide aux populations migrantes originaires d’Europe de l’Est, dénonce l'instauration d’un « véritable système de mise au ban de la société française ». Ces personnes, dont le nombre est estimé à 20 000 dans l’Hexagone, dont un tiers d’enfants, sont plus de 13 000 à avoir été délogées de leurs terrains – occupés sans autorisation pour la plupart – en 2014. Les habitants vivent au rythme de ces « démantèlements » : 150 personnes par semaine ont été concernées au premier semestre 2015. Fin août, le campement du Samaritain, l’un des plus vieux bidonvilles de France, où logeaient 80 familles à La Courneuve, a été détruit. À Saint-Denis, ils sont une centaine, installés rue Coignet, à redouter une mise à la rue imminente.

Cette politique de destruction est « absurde », estime Romeurope, car elle « confine les personnes dans une errance qui les enfonce encore plus dans l’exclusion et la précarité ». En plus de « violer les droits fondamentaux attachés aux individus », elle est coûteuse. Une étude de cas publiée en février 2015 dans le cadre du projet de recherche européen MigRom montre que les expulsions successives subies par un même groupe pendant deux ans ont coûté près de 324 000 euros à la collectivité. « Ces sommes considérables sont utilisées avec pour seul effet de réduire à néant tous les efforts d’insertion », accuse le collectif, qui fait le calcul qu’en 2014, 138 expulsions ayant eu lieu, plus de 40 millions d’euros ont été dépensés pour « exclure des personnes ». Ce montant correspond à dix fois l’enveloppe réservée par l’État à la Délégation interministérielle à l’hébergement et à l’accès au logement (Dihal) pour mettre en œuvre des projets de sortie de bidonville. « Ces sommes ne seraient pas gaspillées si elles étaient plutôt investies dans de véritables politiques d’inclusion », regrette Romeurope, qui souligne que la majorité des expulsions se déroulent sans proposition de relogement durable, contrairement aux engagements contenus dans la circulaire du 26 août 2012. 

Aider les familles roms à trouver un lieu de vie décent : ce qui n’a pas été fait pour cette population pourrait l’être pour les demandeurs d’asile, signe que la volonté politique dont bénéficie les uns ne profite pas aux autres. En pleine tergiversation sur l’accueil des réfugiés en Europe, les autorités françaises font en effet mine de découvrir qu’elles disposent de quelque 20 000 places de logement vacantes utilisables dans les six mois. 20 000, soit le nombre de personnes roms vivant dans la précarité. Mais pour cette population, il n’a jamais été question de plan d’urgence.

Deux élus de Seine-Saint-Denis se sont récemment émus de cette différence de traitement. Lors d’une conférence de presse le 10 septembre, la sénatrice Aline Archimbaud (EELV) et Patrick Braouezec (PCF), l’ancien maire de Saint-Denis, aujourd’hui président de la communauté d’agglomération Plaine Commune, se sont joints à plusieurs associations pour déplorer les nombreuses destructions de campement intervenues ces dernières semaines, réclamant pour les Roms la même mobilisation que pour les réfugiés de Syrie et d’Irak. « Nous nous réjouissons » de l’annonce que la France va accueillir 24 000 réfugiés, a souligné la sénatrice. « Mais je ne peux pas comprendre pourquoi les populations roms, qui sont aussi des populations réfugiées, subissent un tel traitement », a-t-elle ajouté, fustigeant le « racisme latent, sournois, violent » dont elles sont victimes dans plusieurs pays d’Europe. Aline Archimbaud a demandé « la même mobilisation pour les Roms que pour les populations réfugiées, les mêmes moyens de la part des collectivités publiques », tandis que Patrick Braouzec a dénoncé « une responsabilité partagée des politiques, du sommet de l’État jusqu’aux collectivités locales ».

En écho à la solidarité affichée par la ministre de l'éducation nationale Najat Vallaud-Belkacem des établissements scolaires et universitaires en faveur des réfugiés, Romeurope souligne que de nombreux maires continuent de faire obstacle, localement, à l’inscription des enfants roms, en « oubliant » de les recenser dans leur commune. Là encore, ces pratiques sont illégales, l'école étant obligatoire jusqu'à 16 ans. Mais en l'absence de publicité, ces méthodes ne sont pas toujours contestées.

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