Les sales méthodes du GPIS, chargé de surveiller les HLM parisiennes

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Financé par la Ville de Paris et les bailleurs sociaux, le GPIS est chargé de la surveillance de près de 80 000 HLM parisiennes. Employant près de deux cents vigiles, ses méthodes sont de plus en plus contestées, en interne même. Fausses déclarations, agressions bidon, arrêts maladie suspects, politique du chiffre et guerre des chefs : notre enquête.

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Ils effectuent des rondes la nuit dans les arrondissements parisiens les plus difficiles, seront bientôt dotés de tonfas et d'aérosols, portent gilet pare-balle, treillis bleu marine et chaussures montantes, ainsi qu'à l'occasion boucliers de défense et menottes. Mais à la différence des policiers avec lesquels ils patrouillent parfois, leurs uniformes sont siglés GPIS (Groupement parisien interbailleurs de surveillance) et ils ne disposent pas (encore ?) des mêmes prérogatives.

Agents du GPIS en gr!ve le 25 juin 2012, à Paris. © LF Agents du GPIS en gr!ve le 25 juin 2012, à Paris. © LF

Mediapart s’était intéressé au GPIS après un incident entre des jeunes parisiens et des agents, en mai 2012, un agent présent ayant dénoncé un bidonnage du GPIS destiné à faire croire à un guet-apens.

Pas des fonctionnaires de police donc, mais pas tout à fait de simples vigiles de la sécurité privée non plus. Dirigé depuis janvier 2011 par Jean-Paul Bénas, un commissaire divisionnaire retraité, le GPIS est une structure sans but lucratif. Elle est née en 2004 de la volonté de plusieurs bailleurs sociaux parisiens de mutualiser leurs services de prévention et de surveillance de leur patrimoine HLM. Ce groupement d'intérêt économique (GIE) compte aujourd'hui quelque 200 salariés, dont 150 sur le terrain, qui assurent, de 19 heures à 5 heures du matin, la surveillance des parties communes des HLM de dix arrondissements parisiens (76 817 logements précisément en 2012).

Le budget, passé de 8 millions d'euros en 2005 à 12 millions d'euros en 2012, est pour moitié financé par la Ville de Paris, qui verse 5,9 millions d'euros de subventions chaque année aux bailleurs concernés. Une contribution particulièrement généreuse, si l'on en croit les conclusions d'un audit interne que Mediapart s'est procuré. « Si d'autres collectivités territoriales en France financent également des dispositifs mutualistes dans le champ de la tranquillité résidentielle, aucune ne le fait au même niveau que la Ville de Paris, note le cabinet Icade Suretis, dans ce rapport de synthèse de mars 2011. En cela l'expérience du GPIS est unique. »

Apprécié par les associations de locataires et les élus parisiens, le GPIS est scruté avec intérêt par ceux de la couronne parisienne et du reste de la France. Mais, en interne, l'ambiance est tout autre. Sous couvert d'anonymat, quelques salariés et ex-salariés dénoncent de graves dérives managériales et s'inquiètent d'un glissement de leurs missions. C'est le cas de ce chef de patrouille, furieux de la façon dont sa direction a présenté, à tort selon lui, comme un guet-apens un affrontement en mai 2012 entre des jeunes du XXe arrondissement et des agents du GPIS. 

« Le GPIS a l'art et la manière de camoufler les choses, remarque-t-il. Les locataires sont contents, car nous avons une bonne image, mais tout est basé sur l'image. Dès qu'il y a un incident, la direction est au pied de la mairie de Paris et de Paris Habitat avec un dossier, comme quoi la violence a augmenté, qu’il faut plus d’argent, qu’il faut nous armer, etc. Mais ce sont eux (la direction) qui provoquent en nous envoyant en sureffectifs ou en sous-effectifs sur des zones où nous risquons de nous casser la gueule. » Enquête.

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J'ai pu rencontrer ou joindre par téléphone sept agents ou anciens agents du GPIS, entre juin et août 2012, ainsi que trois anciens cadres du GPIS. J'ai rencontré Stéphane Dambrine, président du GPIS, Didier Desous, directeur opérationnel, et son adjointe Églantine Cointreau, le 19 juillet 2012, au siège de Paris Habitat. Vous trouverez la retranscription de cet entretien sous l'onglet Prolonger. Je n'ai eu accès qu'à une synthèse de l'audit de 2011, le GPIS ayant refusé de me le communiquer car « il citait et mettait en cause certaines personnes », et était destiné uniquement aux administrateurs.