Affaire Besson: l'enquête pour viol classée sans suite, une autre enquête ouverte

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Le parquet de Paris a annoncé lundi le classement sans suite de l’enquête préliminaire pour viol visant le cinéaste. Il a par ailleurs indiqué avoir ouvert une autre enquête préliminaire, le 21 février, après avoir reçu « un signalement visant des faits d’agression sexuelle ».

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L’enquête préliminaire visant Luc Besson, ouverte en mai 2018 à la suite d’une plainte pour viol à l’encontre du cinéaste, a été classée sans suite lundi 25 février par le parquet de Paris. « Les nombreuses investigations réalisées par les enquêteurs du 1er DPJ dans le cadre de cette procédure [n’ont] pas permis de caractériser l’infraction dénoncée dans tous ses éléments constitutifs », a précisé le parquet.

Le parquet a en revanche ouvert une autre enquête préliminaire, jeudi 21 février, après avoir reçu, la semaine dernière, « un signalement visant des faits d’agression sexuelle », a indiqué le parquet à Mediapart. Ce signalement fait actuellement l'objet « de vérifications dans le cadre d’une enquête confiée au 1er DPJ », a-t-il ajouté.

Ce courrier, dont Mediapart a fait état le 22 février, émane d'une actrice vivant aux États-Unis. La comédienne avait écrit le 13 février au procureur de la République de Paris pour signaler des faits qui remonteraient à mars 2002. Elle affirmait avoir dû s’« échapper à genoux » après que le cinéaste s’était « jeté sur [elle] » lors d’un rendez-vous professionnel. Elle avait par ailleurs témoigné dans Mediapart au mois de juillet, sous le prénom d'emprunt de « Mona ».

Si elle ne tient pas à déposer plainte – les faits étant prescrits –, Mona* indiquait, dans son courrier, vouloir apporter son témoignage après avoir pris connaissance de la plainte de Sand Van Roy.

Depuis le mois de juillet, neuf femmes ont accusé, dans Mediapart, le réalisateur français de comportements sexuels inappropriés (lire les deux volets de notre enquête, en juillet et en novembre). Cinq d'entre elles ont livré leur récit à la justice. Si ces neuf femmes dénoncent des faits d’une gravité différente, leurs témoignages se recoupent sur plusieurs points. La plupart décrivent, a minima, des comportements déplacés, similaires et répétitifs de Luc Besson envers de très jeunes femmes travaillant, ou susceptibles de travailler avec lui. 

C'est la plainte pour viol de Sand Van Roy, le 18 mai 2018, qui avait déclenché l'affaire. Cette actrice belgo-néerlandaise de 31 ans accuse le cinéaste de 59 ans de l’avoir violée à plusieurs reprises. Aux policiers, elle avait décrit deux années d’« emprise », de peur, de contradictions et de revirements, conduisant jusqu’à la nuit du 17 au 18 mai 2018, à l’hôtel Le Bristol, à Paris (lire son récit complet dans notre enquête).

Au lendemain de la soirée dans ce palace parisien, la comédienne avait porté plainte pour « viol » contre le réalisateur français. Une plainte qu’elle avait complétée par une seconde, le 6 juillet, dénonçant d’autres viols. L’actrice avait été auditionnée à deux reprises par les enquêteurs. Luc Besson avait lui été entendu en audition libre le 2 octobre. Tous deux avaient été confrontés par les enquêteurs le 11 décembre.

Durant la soirée au Bristol, en mai, Sand Van Roy se serait évanouie à deux reprises, pendant et après les rapports sexuels, d'après son récit. Contrairement à ce que de nombreux médias ont dans un premier temps affirmé, elle n’a jamais déclaré aux policiers avoir été droguée. Les analyses toxicologiques ne montreront d’ailleurs aucune trace de produits stupéfiants.

À l’issue des rapports sexuels, la comédienne serait en revanche tombée dans la salle de bains de la chambre, avait-elle indiqué aux policiers, après avoir ressenti un impact « dans le dos », dont elle affirme ne pas connaître l’origine. Lorsqu’elle s'était rendue au commissariat pour porter plainte, plusieurs traces sur son corps – notamment une ecchymose à l’œil gauche et trois marques symétriques dans le dos – avaient été constatées, dans la foulée, par les unités médico-judiciaires (UMJ), à l’hôpital Hôtel-Dieu. Une série de photos prises par Sand Van Roy et son entourage dans les jours suivant la soirée au Bristol, et transmises aux policiers le 19 mai, attestaient également ces marques (lire notre article)

Luc Besson. © Reuters Luc Besson. © Reuters

Luc Besson avait nié que la plaignante se soit évanouie à plusieurs reprises ce soir-là. De manière générale, le réalisateur avait réfuté toutes les accusations formulées par Sand Van Roy et a expliqué avoir entretenu avec elle une relation pendant deux ans.

Sur RMC, le 20 mai, son avocat, Thierry Marembert, avait qualifié de « délirantes » les « accusations » de l’actrice et assuré que son client était « tombé de sa chaise en [les] apprenant ». Le réalisateur « dément catégoriquement tout comportement inapproprié et répréhensible de quelque nature que ce soit », avait ajouté Me Marembert.

« M. Luc Besson a pris acte avec satisfaction de la décision du procureur de la République, a déclaré lundi l'avocat dans un communiqué. Cette décision intervient après une enquête très complète (...) à laquelle il a pleinement coopéré. »

De son côté, Francis Szpiner, le nouvel avocat de Sand Van Roy, a estimé lundi, sur Twitter, que « le parquet ne saurait se substituer au juge dans l’appréciation de la valeur des charges ». Il a annoncé qu'une plainte avec constitution de partie civile serait déposée « dans les prochains jours ». 

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* Le prénom a été modifié.