Google est accusé de ficher les élèves et étudiants

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Selon une plainte déposée aux États-Unis, le géant du web créerait « subrepticement » des profils à l'aide de données collectées via son offre « Google Apps Education » utilisée par 30 millions d'élèves dans le monde, et dans de nombreux établissements français.

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Parents, vos enfants sont peut-être déjà fichés sur internet et ce avec la complicité, involontaire, de l’éducation nationale. Selon une plainte déposée par deux étudiants américains (lire sous l'onglet Prolonger), Google a en effet « subrepticement » collecté des données personnelles sur les quelque 30 millions d’élèves utilisant dans le monde une série d’outils mis à la disposition des enseignants par le géant américain. Celui-ci dément.

Baptisée « Google Apps Education », cette suite de logiciels en ligne est composée des services de bureautique les plus connus de la société : Google Drive permettant de stocker et partager des documents, Google Agenda pour gérer les plannings, Google Group pour les mailing-listes, et bien entendu Google Mail pour la messagerie. Ces services sont « offerts » sans contrepartie aux établissements qui peuvent y accéder et les intégrer à leur réseau informatique en s’inscrivant simplement sur le site du programme.

Cette offre particulièrement alléchante a déjà séduit un grand nombre d’écoles, lycées et universités du monde entier, et de France. D’autant que, dans sa page de présentation, Google insiste sur la « sécurité et la confidentialité » de son système. « Toute notre activité repose sur la confiance que vous nous accordez », y écrit Google. « Nous sommes conscients que pour les établissements d’enseignement, la protection et la confidentialité des informations constituent une priorité. Nous prenons ces questions très au sérieux. »

Mais voilà, aux États-Unis, les deux étudiants dont les universités ont souscrit à « Google Apps Education » accusent Google de scanner  l’ensemble des contenus de leurs mails, violant ainsi la loi fédérale, rapporte le site Education Week. Cette opération est pourtant clairement évoquée dans les conditions d’utilisation du service. « Il nous arrive d’analyser les contenus », prévient Google. « Mais pour de bonnes raisons, comme le filtrage anti-spam, la protection antivirus ou la détection de logiciels malveillants. Nos systèmes scannent le contenu afin d’optimiser le fonctionnement de Google Apps pour nos utilisateurs, mettant ainsi à leur disposition des fonctionnalités uniques comme la recherche avancée dans Gmail et Google Documents. Ces processus, entièrement automatisés, n’impliquent aucune intervention humaine. »

La société insiste par ailleurs sur le fait que les « Google Apps Education » n’affichent aucune publicité. « Autrement dit, les contenus utilisés dans votre école ne sont pas pris en compte par nos systèmes de publicité ». En résumé, Google scanne bien les mails envoyés et reçus par les élèves, étudiants et professeurs, mais uniquement dans un but fonctionnel et non à des fins publicitaires.

Mais l’affaire n’est pas si simple que ce qu'affirme Google. Selon les plaignants, la firme violerait allègrement ses engagements et utiliserait bien les données collectées pour placer des publicités sur ses autres services de Google selon un processus décrit avec précision dans la plainte. Celui-ci serait issu d'un système technologique, dit « Content Onebox » introduit en septembre ou octobre 2010, selon Sean Rommel, l’avocat de l’un des plaignants. Alors que jusqu’à présent, Google scannait les messages après leur arrivée, dans la boîte mail des utilisateurs, le nouveau système permettrait de scanner les mails avant leur réception, c’est-à-dire avant même qu’ils soient ouverts ou supprimés.

De plus, « Content Onebox » permettrait de créer automatiquement des profils, quels que soient les utilisateurs et même lorsque ceux-ci utilisent Gmail via les « Google Apps Education ». « Étant donné qu’un message privé est composé de données », affirme la plainte, « Google lit les données tout comme une personne lirait des mots, et acquiert ou collecte les données qu’il sait les plus importantes ». Ensuite, « Google crée des données dérivées (« métadonnées ») issues des informations privées du message afin de maximiser l’usage par Google de ces précieuses informations ». La société place alors « les parties les plus précieuses dans un espace de stockage ou des serveurs séparés ».

Enfin, « Google utilise ces données dérivées collectées séparément pour construire subrepticement des modèles ou des profils d’utilisateurs. Google utilise également les métadonnées et les contenus collectés en combinaison avec d’autres données (telles que l’historique des recherches sur le web) pour "savoir où vous êtes… savoir où vous avez été… et savoir ce que vous en pensez" ».

Concrètement, même si aucune publicité n’apparaît sur les services de « Google Apps Education », la société créerait des profils pour chaque utilisateur afin de connaître ses centres d’intérêt et afficher des publicités lorsqu’il utilise par la suite d’autres sites de Google. Ainsi, un étudiant qui, dans ses mails envoyés dans le cadre scolaire, évoque régulièrement ses goûts en matière de musique ou de cinéma, verrait s’afficher les annonces correspondantes lorsqu’il naviguera sur You Tube ou effectuera des recherches sur le moteur de recherche de Google. Selon la plainte, le service mail de Google fonctionnerait donc tout simplement comme le Gmail classique, l’affichage des publicités étant simplement reporté en dehors du domaine scolaire.

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