Traité européen : les écologistes mènent un débat nécessaire

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Que des ministres écologistes restent en place quand leur parti affirme son désaccord avec le traité européen est salutaire! Les éditocrates, plutôt que de demander la démission de Cécile Duflot, feraient mieux de se féliciter de ce débat enfin public.

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Certes, les écolos ont un indéniable côté irritant, à proclamer sans cesse faire de la politique autrement, quand ils passent leur temps à s’invectiver en interne, à faire émerger de redoutables apparatchiks ou à conforter de redoutés égotistes, à affirmer avec force une autonomie vis-à-vis du PS pour finalement passer avec eux des accords électoraux au rabais programmatique.

Mais comment peut-on leur reprocher de faire vivre le débat démocratique sur une question comme celle de l’avenir de l’Europe ? Comment peut-on s’indigner de ce que leur conseil fédéral a tranché par un vote un débat vif et serein sur un sujet éludé par les autres partis divisés ? Comment peut-on s’exaspérer que deux ministres, qui s’acquittent par ailleurs avec sérieux de leurs tâches, et dont les attributions sont sans rapport direct avec la question européenne, fassent preuve de solidarité gouvernementale sans pour autant se renier, à propos d’un traité qu’ils ne jugent pas essentiel, estimant que la dynamique européenne se jouera dans les mois à venir ?

La nostalgie du caporalisme sarkozyste et du cercle de la raison, proclamant qu’aucune alternative n’est possible, fait aujourd’hui des ravages dans le paysage démocratique français. Il faudrait au contraire se réjouir d’un gouvernement où les débats internes existeraient, et seraient même menés devant la société. D’autant plus quand la majorité présidentielle n’a pas été franchement élue dans l’enthousiasme, plutôt grâce au rejet du système précédent. D’autant plus quand, face à la gravité de la crise européenne, n’apparaissent guère de cap affirmé ni de doctrine idéologique assumée. D’autant plus quand nombre de débats à gauche n’ont absolument pas été tranchés, faute d’avoir été discutés, voire ont été volontairement mis sous le tapis à des fins électoralistes.

Dans une présidence normale prônant l’apaisement, la réussite du consensus tant désiré par le nouveau pouvoir, quitte à parfois désorienter, ne peut se passer de la publicité des avis différents, surtout de ceux qui ont contribué à l’élire. Encore moins quand le débat parlementaire est réduit a minima par l’élection d’une chambre rose horizon, permise davantage par les institutions de la Ve République que par le souci d’une coalition électorale de type gauche plurielle. Et il faudrait donc désormais se résoudre à l’injonction : « Plutôt se taire que le Front populaire ! »