Les zones d'ombre de la politique économique

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Le gouvernement minimise l'impact sur l'économie française du retournement de la conjoncture mondiale. Mais cette équivoque n'est pas la seule. Sur ses priorités en matière de réduction des déficits ou de prélèvements, il pratique aussi l'esquive. Il envisage de réduire des crédits budgétaires mais ne donne pas le détail du plan d'économies qu'il envisage. Au total, c'est la philosophie même de la politique économique qui reste incertaine.

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La politique économique conduite par le gouvernement, sous la tutelle de Nicolas Sarkzoy, est entachée de très importantes zones d’ombre. Et l’opération vérité à laquelle cherche à se livrer François Fillon dans son premier entretien important au lendemain des élection municipales, celui que publie cette semaine le magazine L’Express, ne parvient guère à gommer cette forte impression de flou. En vérité, si le Premier ministre répond à quelques interrogations sur les priorités économiques du gouvernement, ou apporte, ici ou là, de menues précisions sur quelques réformes à venir, il pratique aussi l’esquive sur de nombreuses questions décisives. Tant et si bien qu’on peine à comprendre ce que sera la philosophie générale de la politique économique des prochains mois.
S’agira-t-il d’une rigueur renforcée, voire d’une politique d’austérité, comme le soupçonnent les dirigeants de l’opposition ? Ou alors d’une rigueur simplement tempérée ? Ou encore, loin de toute rigueur, le gouvernement laissera-t-il filer les déficits publics ? A l’aune des propos publics, on n’ose se prononcer.
La première zone d’ombre a trait à la conjoncture économique. De mois en mois, celle-ci ne cesse en effet de se détériorer. Sous le coup de la crise financière gravissime qui secoue la planète, et de la récession dans laquelle entrent progressivement les Etats-Unis, l’environnement international s’est fortement dégradé. Et la France commence lentement à en sentir les effets récessifs. Lentement – parce que l’économie hexagonale est moins internationalisée que certaines de ses voisines, notamment l’économie allemande – mais inexorablement : le virus du ralentissement est à l’œuvre. Jour après jour, au travers des indicateurs publiés par l’Insee, on devine qu’il gagne un peu plus de terrain.
Or, le gouvernement, lui, est devenu expert en dénégation. Déjà, avant les élections municipales, il s’est refusé à admettre que la plupart des hypothèses économiques du budget de 2008 étaient devenues obsolètes. Bien que cette loi de finances ait été construite sur le scénario d’un baril de pétrole à 73 dollars (contre plus de 110 désormais) ou encore un euro cotant 1,37 dollar (contre 1,55 actuellement), il a fait mine de ne pas s’inquiéter. Et, au total, il a longtemps maintenu, contre l’évidence, une prévision de croissance de 2 à 2,5% en 2008, alors que la plupart des experts avaient révisé leur évaluation autour de 1,5%.

Obscure régulation budgétaire

Dans l’Express, François Fillon continue donc le même exercice de funambulisme. Car il admet certes une légère détérioration de la conjoncture : « La prévision du gouvernement se situe entre 1,7% et 2% pour l’année 2008 », concède-t-il. Mais la révision est à l’évidence dérisoire. A quoi bon s’y attarder ? Ce petit jeu de bonneteau suggère qu’au cours de ces derniers mois, il ne s'est, en réalité, pas passé grand-chose. Et que, de l’automne 2007 jusqu’au début du printemps 2008, le gouvernement est resté « calé » sur une hypothèse centrale de 2% de croissance.