A Draveil, deux retraités font un pied de nez au ministre Luc Chatel

La radicalisation des parents est un autre symptôme de l'ampleur de la crise de l'école. Illustration à Draveil (Essonne): contre la fermeture d'une classe de CM1/CM2, les parents ont convaincu deux enseignants retraités de faire classe sous le préau.

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«C’est ma première manif !», clame fièrement ce papa qui tient une banderole rappelant la lutte singulière des parents de l’école Jules-Ferry pour conserver une de ses classes. Mobilisés depuis trois semaines, les parents de l’école élémentaire de Draveil (Essonne) sont venus en nombre manifester hier dans le cortège, parce que, nous explique un parent d’élève, «les fermetures de classes touchent tout le monde, notre situation n’est pas exceptionnelle». Pourtant, exceptionnelle, leur mobilisation l’est à bien des égards.

Depuis une semaine maintenant, à la demande des parents farouchement opposés à la fermeture de la classe CM1/CM2, deux enseignants retraités de l’école assurent bénévolement la classe dans le préau. Un pied de nez à l’inspection académique qui, affirme un parent venu manifester, les «balade depuis des semaines». Une réponse radicale et inédite aux suppressions de postes dans l’éducation nationale… Mais une situation précaire qui inquiète aussi les parents.

Tout a commencé le jeudi suivant la rentrée: «Nous avons appris du jour au lendemain, alors que nos enfants avaient déjà fait leur rentrée, que l’école ne compterait pas neuf mais huit classes et que nos enfants allaient être répartis dans les autres classes. » La brutalité de l’annonce – «nous ne savions pas du tout qu’une classe était menacée» –a exacerbé la tension. «Le soir même, nous nous sommes réunis en AG et nous avons décidé de bloquer partiellement l’école», raconte Frédérique Lindenmeyer, dont quatre enfants sont scolarisés dans l’école. Les échanges avec l’inspection du secteur tournent au dialogue de sourd. Celle-ci argue que la classe supprimée, qui comptait 26 élèves, n’atteint tout simplement pas le seuil fixé à 27 pour une ouverture.

Bien qu'un nouvel élève ait été trouvé à la dernière minute, l’inspection continue de fermer la porte. Le blocage de l’école devient alors total, les parents se relayant pour occuper l’établissement. «La seule réaction de l’inspectrice a été de demander aux enseignants de venir quand même pour garder les élèves devant l’école, sur la voie publique!», s’étrangle une mère.

Exaspérés, une semaine après la rentrée, les parents sortent les tentes et campent pendant plusieurs jours devant l’école. «J’ai dormi avec mes quatre enfants», rapporte posément une maman. Ne voyant toujours rien venir, les parents ont finalement fait appel à deux profs à la retraite qu’ils connaissaient pour avoir déjà enseigné dans cette école. Chaque matin, depuis une semaine, les élèves de la classe “de secours” sont regroupés dans le préau pour faire cours.

«Nous sommes apolitiques et non syndiqués»

Le maire UMP et ancien ministre, Georges Tron, paraît bien embarrassé par cette contestation inédite dans sa ville et par le mouvement. Il renvoie les parents sur l’inspection académique et la préfecture. Depuis les premiers blocages, les rendez-vous se sont enchaînés sans aucune perspective concrète autre qu’un recomptage des élèves à la Toussaint, pour reconsidérer la question.

Pour les parents, la refonte de la carte scolaire mise en place à cette rentrée, et faite sans aucune concertation, est en partie responsable du blocage actuel. «Ils ont fait le découpage de telle sorte qu’une grande partie des élèves qui habitent pourtant juste à côté de l’école, dont les frères et sœurs peuvent être déjà scolarisés ici, doivent désormais obtenir une dérogation.» Or les enfants arrivés par dérogation ne sont pas comptabilisés par l’inspection d’où la tenace impression chez les parents qu’il y a eu une manœuvre pour obtenir une fermeture de classe. «Par le jeu de cette sectorisation, on se demande si, à terme, le but n’est pas de fermer l’école. Elle est située sur un très beau terrain qui pourrait intéresser la mairie», souffle un des parents venus manifester.

A Draveil, la détermination des parents a surpris tout le monde. La ville est assez peu habituée à ce genre de mobilisation et l’on est ici très loin des zones de relégation scolaire. Au contraire, l’école Jules-Ferry ferait presque figure de privilégiée. «Chaque année, un voyage scolaire est organisé en Angleterre, ce qui est assez rare en primaire», reconnaît Frédérique Lindenmeyer. «C’est justement parce que nous avons une école qui fonctionne bien que nous avons ressenti comme une grande injustice cette suppression de classe», explique Eric Schmidt, parent d’une élève de CM1. Autre point marquant, la mobilisation a été presque uniquement portée par les parents, sans un véritable appui des enseignants.

«Nous nous sommes organisés très spontanément. Tout a été voté en AG, à l’unanimité et à chaque fois près de 90% des familles étaient présentes», affirme Cécile Sauvan, porte-parole du mouvement. «Il faut aussi dire que nous sommes complètement apolitiques et non syndiqués», précise-t-elle. Avec la participation de l’enseignement privé, la radicalisation de ces parents est bien la preuve que la crise de l’école est profonde.

Lucie Delaporte

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