Relaxe de la banque Landsbanki: l’impossible procès de la finance folle

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Après une faillite retentissante en 2008, une filiale de la banque islandaise Landsbanki et ses dirigeants étaient jugés à Paris pour escroquerie et abus de confiance aggravé. Le tribunal les a relaxés lundi 28 août, à la surprise générale, désavouant l’instruction du juge Renaud Van Ruymbeke.

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Ce devait être le procès de la finance mondialisée sans foi ni loi, celui des banquiers cupides et malhonnêtes. Bref, un petit procès Madoff. Pendant trois semaines, en mai dernier, les anciens dirigeants de la banque Landsbanki Luxembourg et la société elle-même étaient jugés pour escroquerie et abus de confiance aggravé devant la XIe chambre correctionnelle de Paris (des peines de prison avec sursis et des amendes ont été requises le 23 mai). Une centaine de particuliers plus ou moins fortunés, dont le chanteur Enrico Macias, avaient porté plainte contre cette banque dont la maison-mère, en Islande, a connu une faillite retentissante en 2008.

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Les plaignants assuraient avoir contracté des prêts très sophistiqués et qui les ont amenés à la ruine. La filiale luxembourgeoise de Landsbanki leur faisait miroiter (par le truchement d’intermédiaires) des prêts importants, à condition qu’ils placent aussi de l’argent dans un contrat d’assurance-vie adossé à un fonds d’investissements. Ils pouvaient ainsi obtenir un prêt d’un montant égal à 90 % de leurs biens immobiliers, dont 25 % étaient mis à leur disposition et 75 % placés, les intérêts étant censés rembourser la dette. Ce meccano n’a pas survécu à la crise financière de 2008.

Selon l’ordonnance de renvoi du juge Renaud Van Ruymbeke, qui a instruit ce dossier de 2010 à 2015, la banque connaissait alors des faiblesses structurelles telles que ces prêts s’assimilent à de la cavalerie pure et simple. Le juge avait d’ailleurs obligé l’établissement à verser une caution de 50 millions d’euros, fin 2011.

Pour le magistrat, Landsbanki s’est livré à des manœuvres frauduleuses destinées à faire croire que sa situation était florissante, alors qu’elle était difficile, cela pour tromper les souscripteurs. De même, la banque aurait caché aux emprunteurs les risques qu’ils prenaient et leur faisait emprunter des sommes supérieures à leurs besoins. Une partie des fonds étaient investis dans des obligations Landsbanki, cela afin de renflouer la banque en péril, selon les parties civiles.

Enrico Macias, le 5 octobre 2015, au Parc des Princes © Reuters Enrico Macias, le 5 octobre 2015, au Parc des Princes © Reuters
Enrico Macias a ainsi expliqué qu’en 2007, souhaitant faire des travaux pour agrandir sa villa de Saint-Tropez, il avait besoin de 5 millions d’euros, mais les banques françaises lui refusaient l’emprunt, jugeant ses revenus insuffisants. Il avait alors été démarché par le bureau cannois de la Landsbanki Luxembourg, qui lui faisait miroiter un montage séduisant. 

On lui a alors proposé d’emprunter non pas 5, mais 36 millions d’euros, en lui expliquant que 9 millions lui seraient donnés sous 40 jours, et que les 27 autres millions d’euros seraient directement gérés par la banque, afin que leur rendement permette le remboursement automatique des 9 millions prêtés. Seule condition : le chanteur devait placer sa maison sous hypothèque. Enrico Macias a signé. Après la faillite de la banque, les liquidateurs ont fait exécuter l’hypothèque et lui ont réclamé quelque 43 millions d’euros. D’autres, moins riches, ont eu les mêmes déboires, comme ce couple de retraités ne disposant que de 7 000 euros de revenus annuels et qui pensait avoir obtenu un prêt miraculeux.

Ce lundi 28 août, après trois mois de délibéré, le tribunal correctionnel rend son jugement : la banque et ses dirigeants sont relaxés.

Le président de la XIe chambre, Olivier Géron, égratigne l’instruction de son collègue Van Ruymbeke et explique que la tromperie n’est pas démontrée. La banque n’aurait, selon lui, pas « délibérément caché au public des faiblesses telles qu’elles compromettaient le service même de la banque ». Il n’est pas prouvé que ses dirigeants et ses salariés « aient eu conscience de l’importance de cette fragilité », poursuit-il, certains d’entre eux ayant perdu de l’argent dans l’aventure.

L’équilibre global de l’opération (prêt et investissement) proposée aux clients n’était « pas une certitude, mais un objectif », poursuit le magistrat. Enfin, selon lui, les emprunteurs « avaient ou auraient dû avoir connaissance des risques qu’ils encouraient », en lisant les plaquettes de Landsbanki ou en interrogeant leur notaire. C’est donc la crise financière de 2008, et uniquement elle, qui serait la cause de ce désastre. Sourires sur les bancs de la défense (les prévenus sont absents), abattement sur ceux des parties civiles, où quelques couples semblent hébétés.

L’intransigeant Olivier Géron ne semble pas rechercher la popularité auprès de ses collègues magistrats. Il a notamment relaxé tous les prévenus de l’emblématique dossier Wildenstein au mois de janvier, le parquet national financier faisant aussitôt appel du jugement. Le président Géron avait auparavant annulé la procédure visant Faouzi Lamdaoui, ancien conseiller de François Hollande à l’Élysée. Là aussi, le parquet a fait appel. 

  • Lire les motivations du jugement ci-dessous :

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