A Saint-Denis, le PCF n’en a pas fini avec les socialistes

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La cité dionysienne a voté à contre-courant du reste du 93. La droite y est désintégrée et le PS a davantage résisté aux communistes sortants que dans le reste du département. Le maire PCF Didier Paillard, comme son challenger député PS Mathieu Hanotin, croient tous deux fermement à leur chance.

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Fin de campagne épique à l’ombre de la Basilique. Au marché de Saint-Denis ce vendredi, communistes et socialistes achèvent enfin plus de huit mois de campagne à fond de train. Des jeunes militants du maire sortant, le PCF Didier Paillard, plient le matériel et déambulent autour des halles en chantant : « Adieu Mathieu, adieu Mathieu, adieuuuu ». Peu avant, ils s’étaient frottés avec des militants de Mathieu Hanotin, le jeune député PS qui, après la cantonale en 2010 et la législative de 2012, poursuit sa blitzkrieg contre le bastion communiste. Sans heurts, les violences constatées entre les deux camps en 2012 n'ont pas resurgi, aux dires des deux camps. Mais la campagne, lancée dès septembre dernier (lire notre reportage à l'époque), n'en fut pas moins active pour autant.

« Je n’avais jamais vu une campagne aussi intense, juge Dominique Sanchez, responsable du Journal de Saint-Denis (municipal mais indépendant). Hanotin a durci son discours et a clivé les débats contre la municipalité sortante. Il y a eu 200, 300 mecs mobilisés de chaque côté, les uns avec des écharpes roses, les autres avec des K-way… Et beaucoup, beaucoup de tracts, de meetings, de porte-à-porte. Les affiches ont été collées et recollées sans cesse… »

Sur le marché de Saint-Denis, le 28 mars 2014 © Nicolas Serve Sur le marché de Saint-Denis, le 28 mars 2014 © Nicolas Serve

Pour autant, la participation n’a pas suivi, et comme régulièrement depuis une trentaine d’années, Saint-Denis fait partie des villes les plus abstentionnistes d’Île-de-France (58,16 %). Mais à l’inverse du reste du « 9-3 », la droite s’effondre (deux candidats en dessous de 10 %) et le candidat PS n’a pas perdu dès le premier tour face à un maire communiste. Et il se dit même « confiant » dans la réussite de sa conquête.

Avec six points de retard sur Didier Paillard (34,3 % contre 40,2 %), Hanotin aurait pourtant de quoi s’inquiéter. D’autant que l’ancien socialiste Georges Sali (opposant historique, ayant fondé le Parti socialiste de gauche – PSG –, après son exclusion du PS, pour dissidence face à Hanotin) a choisi de fusionner sa liste qui a recueilli 7,7 % avec celle des communistes. Pourtant, Sali a été un « opposant résolu » pendant cinq ans, après avoir été adjoint de Braouezec et Paillard. « L’accord avec le PCF était le souhait très largement majoritaire des membres de la liste », justifie-t-il, avant de confier : « Je passe mon temps à argumenter depuis. » Sur le marché de Saint-Denis, à l’abri des halles, on le croise en train de s'y exercer, dix minutes durant, avec une de ses électrices, désorientée. Avec succès.

« Il n’y a aucune illusion à se faire sur Mathieu Hanotin, je ne crois pas du tout à la sincérité de son engagement », explique-t-il. Il lui reproche tout autant de soutenir la politique gouvernementale et de n’être qu’un récent habitant de la ville. Le candidat socialiste a eu beau lui proposer un siège de plus que Paillard (8 au lieu de 7), rien n’y a fait. « Quand la rancœur domine, on ne fait que des conneries », déplore Hanotin, conscient que « s’il y avait eu alliance, on gagnait à coup sûr ». Un point de vue que partage Georges Sali, sourire en coin.

Il tient toutefois à préciser : « Les communistes ont accepté de faire des efforts pour améliorer la ville, tout en conservant son caractère populaire. Plus de sécurité, plus de propreté, plus de rationalisation des services publics municipaux. » Et surtout, ajoute-t-il, « ils ont compris qu’il fallait arrêter de se barricader dans leur mairie. De toute façon, ils n’ont plus le choix. Sinon, les prochaines fois, ça ne passera pas… »

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Toutes les personnes citées dans ce reportage ont été rencontrées à Saint-Denis, les 27 et 28 mars.