Changer la vie? Le PS ne sait plus trop comment

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Faut-il mobiliser et mener la bataille idéologique ? Ou jouer profil bas face à une société qui camperait à droite ? C’est la question qui a traversé discours et discussions, lors du congrès du parti socialiste. Au-delà des clivages classiques entre impératif de gestion et nécessité de rupture, le PS recherche un mode d'emploi qui ne le verrait pas jeter par-dessus bord promesses de campagne et grandes réformes de société.

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Mener la bataille idéologique ou accompagner une société droitisée ? C’est la grande question qui a traversé les discours de tribune du congrès socialiste, ce week-end à Toulouse (lire ici notre premier bilan). Et le clivage apparu n'est finalement guère éloigné de l’affrontement « première contre deuxième gauche ». Ce n'est pas vraiment étonnant pour un parti dont les militants sont capables de saluer dans un même record d’applaudimètre deux discours aussi différents que celui de Gérard Filoche, sur la priorité de la question sociale, puis celui de Manuel Valls, sur l’autorité et l’ordre républicain. Au-delà des jeux de rôles traditionnels d'un congrès du PS, les délégués socialistes paraissent partagés sur la vision de la gauche au pouvoir après l’expérience du sarkozysme.

Martine Aubry, Harlem Désir et Jean-Marc Ayrault © Reuters Martine Aubry, Harlem Désir et Jean-Marc Ayrault © Reuters

Une ligne de fracture affleure au terme de la centaine d’interventions des congressistes socialistes. Vu le contexte, seulement cinq mois de gauche au pouvoir, elle n'est encore qu'en pointillés mais elle recoupe les clivages internes des années précédentes. D’un côté, les tenants d’une social-démocratie « responsable et gestionnaire » accompagnant le monde tel qu’il est : ce qu'Harlem Désir a appelé dans son discours le « socialisme du réel, du concret ». De l’autre, les héritiers du « socialisme de rupture », celui d’avant le tournant de la rigueur, résumé par cette formule très « mitterrandienne tendance Épinay » : « Nous sommes du côté des gens de peu ou des gens de rien, ou alors nous ne sommes plus socialistes. »

C’est en discutant il y a dix jours de cela avec François Rebsamen, président du groupe socialiste au Sénat et proche du président de la République, que nous avons décidé de décortiquer une grande partie des discours marquants de ce congrès de Toulouse, à travers ce prisme de la nécessité ou non de mener la bataille idéologique. « Cela fait longtemps que le socialisme de production a remplacé le socialisme de redistribution. D’une certaine façon, ce clivage a été tranché entre Martine Aubry et François Hollande par les électeurs de gauche à la primaire », expliquait-il.

 © Reuters © Reuters
Afin de comprendre pourquoi le « socialisme de production » semble pencher du côté des producteurs à la mode « pigeons », plutôt que vers ceux qui attendent de pouvoir bénéficier de la redistribution des richesses, on avait alors demandé à Rebsamen son point de vue. « Nous sommes dans un moment de crise économique et de droitisation de la société, et la victoire de François Hollande ne s’est pas doublée d’une victoire idéologique », analysait-il.

Le sénateur se disait même convaincu que « le droit de vote des étrangers, habilement manipulé par la droite, a joué sur le mauvais score de François ». Constatant qu’en outre, « le mur de l’argent se dresse immédiatement et fortement », il estimait que « cette période se prête peu à la reprise du combat idéologique ». Et d’expliquer : « Ce n’est pas le rôle d’un président qui se veut rassembleur, ni celui du premier ministre qui doit gérer l’accélération du temps médiatique laissée en héritage par le quinquennat Sarkozy. » Alors, Rebsamen achevait-il de théoriser : « Il n’est pas interdit d’être habile en politique, et de différer un peu l’agenda des 60 engagements de Hollande, qu’on s’est de toute façon engagés à respecter. »

Durant les trois jours de discours socialistes à Toulouse, on a pu étudier plus en détail cette ligne de tension interne, à la fois stratégique et idéologique, qui divise le PS à nouveau au pouvoir.

Pas de mobilisation sans confiance
Pas de confiance sans vérité
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La rencontre évoquée avec François Rebsamen a eu lieu lors d'un déjeuner avec d'autres journalistes, le 17 octobre dernier. C'est à la suite de son analyse sur la droitisation de la société (qu'il a depuis répétée dans un entretien aux Echos), que j'ai décidé de suivre les discours de congrès plutôt que ses coulisses, afin de rendre compte de la nature du débat idéologique interne, en prenant le rituel socialiste au sérieux.