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« L’esprit critique » théâtre : des adolescentes et des pères

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Le podcast culturel de Mediapart évoque « Les Petites Filles modernes » de Joël Pommerat, la première mise en scène de Séphora Pondi, « Bestioles », et « Israel et Mohamed », d’Israel Galván et Mohamed El Khatib.

Deux spectacles sur l’adolescence, et plus particulièrement l’adolescence des filles, l’un dans une veine surnaturelle et hallucinée, l’autre dans une approche aussi réaliste que sexualisée. Et, de l’autre côté du spectre, une pièce en forme de rencontre entre deux hommes ayant passé la quarantaine mais confrontés aux figures parentales, à savoir un danseur de flamenco iconoclaste dont le moyen d’expression est d’abord le corps et une figure du théâtre contemporain connu pour être un beau parleur.

On évoque dans cet épisode de « L’esprit critique » la nouvelle proposition du metteur en scène Joël Pommerat intitulée Les Petites Filles modernes (titre provisoire) ; avant d’aller voir la première mise en scène de la comédienne et autrice Séphora Pondi, qui adapte un texte de l’auteur australien Lachlan Philpott sous le titre Bestioles ; puis, enfin, ce que donne le duo entre Mohamed El Khatib et Israel Galván dans la pièce baptisée de leurs deux prénoms, Israel & Mohamed, créée au Festival d’Avignon et qui tourne depuis dans différentes villes de France. 

« Les Petites Filles modernes (titre provisoire) »

Dans la dernière pièce du metteur en scène Joël Pommerat, intitulée Les Petites Filles modernes (titre provisoire), deux jeunes filles font un pacte d’amitié radicale défiant non seulement l’autorité des parents voulant les séparer, mais aussi les lois du réel, puisqu’elles embarquent dans un univers fantastique et inquiétant.

Dans une atmosphère presque toujours nimbée d’obscurité, les peurs et passions des deux jeunes filles se déploient de la chambre à coucher de l’une à des univers surnaturels – miroirs de cauchemars ou lieux de passage – qu’explorent les deux adolescentes reliées entre elles par de puissants sentiments et des téléphones portables qui ne répondent pas toujours.

La pièce de Joël Pommerat, interprétée par Coraline Kerléo, Marie Malaquias et Éric Feldman, était récemment donnée au théâtre Nanterre-Amandiers à l’occasion de la réouverture de sa grande salle après travaux, et tourne dès maintenant dans plusieurs villes de France : Châtenay-Malabry (Hauts-de-Seine), Évry (Essonne), Pau (Pyrénées-Atlantiques), Bourges (Cher), Redon (Ille-et-Vilaine), Amiens (Somme), Martigues (Bouches-du-Rhône), Dunkerque (Nord) et Strasbourg (Bas-Rhin).

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« Bestioles »

Bestioles, la première mise en scène de l’actrice et pensionnaire de la Comédie-Française Séphora Pondi, met aussi en plateau des personnages adolescents.

Séphora Pondi, également autrice du roman Avale (Grasset) remarqué à la rentrée de septembre, adapte ici une pièce de l’auteur australien Lachlan Philpott, intitulée L’Aire poids lourds. Une pièce écrite à partir d’un fait divers survenu dans une banlieue populaire de la ville de Sydney où deux très jeunes filles se prostituaient auprès de chauffeurs routiers.

Bestioles est centré sur un trio féminin constitué de Bee et Ellie, 14 ans toutes les deux, bientôt rejointes par Freyya, venue du sous-continent indien, au départ réticente au monde pop, hypersexualisé et tout en miroir réel ou numérique du duo initial, mais bientôt prête à les rejoindre pour partir en soirée à quelques heures de train.

La pièce est donnée au studio-théâtre de la Comédie-Française jusqu’au 1er mars, avec quatre acteurs et actrices récemment pensionnaires de la prestigieuse institution.

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« Israel & Mohamed »

Israel & Mohamed est à la fois le nom d’un spectacle et la réunion des prénoms de ses deux protagonistes, le danseur de flamenco Israel Galván et le plasticien, acteur et metteur en scène Mohamed El Khatib. La pièce a été créée à l’été au Festival d’Avignon, puis reprise en décembre dans le cadre du Festival d’Automne, qui consacrait un focus à Israel Galván, et part en tournée dans plusieurs villes de France jusqu’au printemps.

Prenant pour point de départ leur passion commune du football, le dialogue entre ces deux figures de la scène contemporaine se déploie en rapport avec leur lien difficile à leurs pères respectifs et l’incompréhension de ces derniers vis-à-vis du parcours de leurs fils.

Le père de Mohamed El Khatib, qui l’a élevé à la dure et dans la tradition, était un ouvrier venu du Maroc et installé à Orléans. Celui d’Israel Galván est un Andalou, danseur de flamenco, qui n’apprécie guère la manière, iconoclaste jusqu’à être burlesque.

Sur scène, donc, après un petit échauffement, on voit donc à gauche Mohamed, tee-shirt jaune flashy avec l’imprimé « Morocco », et à droite Israel, en djellaba bleu ciel prêtée par le père de Mohamed. Chacun a installé une sorte d’autel surmonté d’un portrait de son papa.

Israel & Mohamed, après le Festival d’Avignon et le Festival d’Automne, se joue en ce moment au Havre et sera bientôt à Douai, Rennes, Genève et Nantes.

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Avec :

  • Zineb Soulaimani, que vous pouvez lire dans Le Quotidien de l’Art et dont vous pouvez aussi écouter le podcast « Le Beau Bizarre » ;
  • Caroline Châtelet, qui écrit pour ScèneWeb et les trimestriels Théâtre, Novo et Jeux ;
  • Vincent Bouquet, dont vous pouvez retrouver la plume sur ScèneWeb.

 « L’esprit critique » est enregistré par Corentin Dubois et réalisé par Karen Beun.