Régionales: les Strasbourgeois inquiets de perdre leur «sécurité économique»

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Samedi, Bernard Cazeneuve est venu dans la capitale alsacienne passer en revue les forces mobilisées pour l'état d'urgence. Mercredi, Nicolas Sarkozy y faisait sa première apparition publique depuis les attentats agitant les dangers d'une « société multiculturelle ». Et la grande région Alsace-Champagne-Ardenne-Lorraine ? Ici, l'idée de se marier « à plus pauvre que soi » semble absurde, voire rédhibitoire.

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Strasbourg, de notre envoyée spéciale.- « C'est comme dans tous les mariages. Si l'un des deux époux est plus riche que l'autre, ça peut mal se passer. » Ça se résume à ça, ces régionales : des histoires de mariage. Et pour pimenter le tout, dans le grand Est, c'est un mariage à trois, imposé. Cette métaphore donnée par une mère de trois enfants croisée sur le marché de Schiltigheim dans le Bas-Rhin permet de poser la vraie question du scrutin des 6 et 13 décembre. Au 1er janvier 2016, l'Alsace sera unie à la Lorraine et à la Champagne-Ardenne pour former l'Acal. Mais on a mis ensemble « une région qui ne va pas trop mal [l'Alsace] et deux autres qui boivent le bouillon », constate Laurent Davezies, économiste et professeur au CNAM (Conservatoire national des arts et métiers), en analysant l'évolution de l'emploi entre 2007 et 2012 : « L'Alsace seule a perdu 2,6 %, d'emploi. La Lorraine, 4,7 % et la Champagne-Ardenne, 5,6 %. Du coup, en termes d'emploi, la nouvelle région se situe en 12e position sur les 13 que comptera la France, juste devant la Bourgogne-Franche-Comté. » « Le différentiel économique est la critique la plus virulente contre cette grande région, poursuit Philippe Breton, politologue et enseignant à l'école de journalisme de Strasbourg (CUEJ). L'idée qui prévaut est que l'on est contraint de s'allier avec plus pauvre que soi. À l'instar des habitants de la Catalogne qui ne veulent plus payer pour Madrid, nombre d'Alsaciens craignent, avec la grande région, de perdre une sécurité économique. »

En ce samedi 28 novembre 2015, il ne reste qu'une semaine de campagne pour convaincre malgré tout de l'intérêt de cette nouvelle région. Et Strasbourg, seule ville française désignée par la loi chef-lieu de la prochaine région, vit retranchée, passionnée seulement par les questions sécuritaires.

Depuis le 13 novembre et les attentats de Paris et Saint-Denis, la frontière avec l'Allemagne est fermée, contraignant les travailleurs transfrontaliers alsaciens à supporter « entre un quart d'heure et une demi-heure de bouchons » à chaque passage, affirme l'un d'eux. Un dispositif qui a permis à « 1 000 personnes de ne pas entrer sur le territoire national en raison du risque qu'elles pouvaient représenter pour l'ordre public et la sécurité dans notre pays », déclare le ministre de l'intérieur Bernard Cazeneuve, venu ce jour passer en revue les moyens déployés dans une France en état d'urgence. Depuis 36 heures, à Strasbourg, le marché de Noël, vieux de presque cinq siècles et fort de 2,5 millions de visiteurs chaque année, est sécurisé par six « check points » qui empêchent les voitures et deux-roues à moteur de circuler et stationner dans le centre. Le tram limite aussi ses arrêts en centre-ville et les visiteurs, pas si nombreux, croisent « 240 CRS, 54 policiers, 42 militaires et 12 agents de sécurité municipale », poursuit Bernard Cazeneuve.