Quitter la COP21, un coup de poker perdant de Donald Trump

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En annonçant son retrait de l’accord de Paris, Donald Trump, empêtré dans le scandale des relations avec la Russie et en difficulté avec ses promesses de campagne sur l’Obamacare, tente de reprendre la main. Il affaiblit pourtant aussi bien le leadership planétaire des États-Unis que sa propre crédibilité devant les Américains.

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New York (États-Unis), de notre correspondant.-  Il paraît qu’il ne fallait pas le vexer. Selon l’entourage de Donald Trump, les commentaires sarcastiques de ses homologues européens lors de sa première tournée mondiale, les histoires de poignées de main avec Emmanuel Macron et de bouderies d’Angela Merkel ont joué leur rôle dans son coup d’éclat du 1er juin, non pas tant sur le fond, son rejet d’un accord planétaire, que sur le ton rageur et amer de son annonce. « Le monde ne rira plus des États-Unis », entonnait Donald Trump dans le Rose Garden de la Maison Blanche, mobilisant une nouvelle fois le registre des victimes de l’élite si porteur auprès de ses supporteurs. Mais, somme toute, le trublion planétaire avait prévu depuis longtemps de confirmer la rupture, annoncée depuis le début de sa campagne, avec une COP21 qu’il considérait sincèrement comme un tissu de fioritures gauchistes et cosmopolites, l’antithèse efféminée de son viril mot d’ordre nationaliste.

En retardant de quelques jours la décision, Donald Trump a attisé un suspense digne de ses anciens reality shows, le temps de laisser s’animer les prétendues discussions à la Maison Blanche entre des interlocuteurs « des deux bords », les appels déchirant venus du monde du business américain, et même du patron du pétrolier Exxon. Le battage affolé de la presse sur « le danger pour la planète » n’a fait que conforter l’impact symbolique de sa décision, le camouflet rêvé à l’élite mondialiste. Car ce coup majeur obéit avant tout à une stratégie politique, une stratégie si nombriliste, brutale et odieuse qu’elle paraît défier la raison, alors qu’elle est portée par une rationalité évidente : celle de la survie d’une présidence assiégée. 

Trump, qui considérait le réchauffement climatique comme un lucratif canular des Chinois pour casser la compétitivité américaine, semble pourtant sincère. Lui opposer aujourd’hui l'intérêt des États-Unis ou les responsabilités planétaires de la première puissance occidentale ramènerait au dialogue de sourds qui a précédé les élections du 8 novembre, quand les esprits éclairés tentaient de différencier, en vain, la perspective d’une présidence compétente et stable à celle du chaos et de la démolition de la démocratie. Trump, une fois encore, concasse les normes, mais a-t-il vraiment pu faire illusion ?

Streve Bannon, artisan de la politique nationaliste de Donald Trump, le 1er juin 2017 à la Maison Blanche. © Reuters Streve Bannon, artisan de la politique nationaliste de Donald Trump, le 1er juin 2017 à la Maison Blanche. © Reuters

L’annonce, une semaine après son entrée en fonction, du maintien de son projet de mur fantasmagorique à la frontière mexicaine, le blocus raciste des frontières, le retrait du traité transpacifique, pourtant conçu dans l’intérêt des États-Unis, le saccage des effectifs de l’administration publique, et même son projet de budget, une élucubration de comptoir indigne d’un gouvernement, tout cela constituait un gage de loyauté à la frange la plus enragée de son électorat, celle-là même qui remplissait ses meetings, et dont le spectacle dans la salle nourrissait les news et sa crédibilité depuis son entrée en lice en 2015.  

Le nouveau président n’a transigé avec son credo que sur deux points. Un semblant de supervision technique de l’économie, avec la nomination d’une bordée d’anciens de Goldman Sachs aux postes visibles du Trésor et du Conseil économique national de la Maison Blanche, pouvait rassurer les marchés. Il en allait de même pour la sécurité du pays. Le choix de John Mattis, une sommité militaire appréciée par les deux partis au Congrès, devait rassurer, cette fois, la planète, sur son bon usage de la première force de frappe au monde. Trump maintenait pourtant le contrôle politique par l’entremise de son conseiller de sécurité nationale, Michael Flynn, ancien chef du renseignement militaire viré par Barack Obama, compagnon de campagne dévoué et casseur invétéré de musulmans, qui incarnait l’hybride parfait entre son agenda nationaliste et l’expérience en matière de défense. Steve Bannon aussi veillait au grain. L’homme orchestre de la campagne ultra-populiste, et l’artisan de la victoire du 8 novembre, est aussi le gardien attitré des promesses de campagne, et gagne même un temps l’insigne honneur d’assister aux réunions essentielles du Conseil de sécurité nationale. Dès son arrivée à la Maison Blanche, il a fait installer dans son bureau de grands tableaux où est inscrit de sa main le menu détaillé des programmes de l’America First, afin de les cocher dès leur réalisation. Y figurent, entre autres, le fameux mur, l’abolition de l’Obamacare, le bannissement des immigrants musulmans et la sortie de la COP21.

Il ne manque à Trump qu’un atout essentiel : l’état de grâce. Moins de trois semaines après son investiture, le président doit, la mort dans l’âme, évincer Michael Flynn, en raison de ses contacts suspects avec les Russes, tandis que les premières fuites provenant des rangs de l’administration, du département de la justice et du FBI confirment l’existence d’une enquête en cours sur la collusion de la campagne de Trump avec les Russes.

Presque au même moment, la machine populiste se heurte aux murs des institutions. Les décrets bannissant les musulmans sont suspendus par les juges fédéraux, le premier projet de remplacement de l’Obamacare capote à la Chambre des représentants, à cause de l’insurrection de la droite du parti républicain.  

Humilié, réduit à décocher des tweets rageurs depuis sa citadelle, Trump tente la tactique de la normalisation pour rendre une crédibilité à son gouvernement. Steve Bannon, campé sur les couvertures de magazine, dépeint par le Saturday Night Live comme le vrai patron de la Maison Blanche, est remis à sa place et évincé des réunions du Conseil de sécurité nationale. Pour faire bonne mesure, Trump promeut ostensiblement le clan des modérés de son entourage, en l’occurrence son gendre Jared Kushner, bête noire de Bannon, dont les responsabilités s’étendent de la réforme des services publics à la résolution du conflit israélo-palestinien, et sa fille Ivanka, image même de la tempérance glamour, promise à de mystérieuses fonctions de conseil.

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