Violences policières: Trump préfère punir les sportifs

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Le président des États-Unis juge urgent de s'en prendre au mouvement de protestation des sportifs américains contre les violences policières. Alors que les condamnations de policiers sont rarissimes, les dommages et intérêts obtenus par les familles pourraient changer la donne. 

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New York (États-Unis), de notre correspondant.-  Aux dernières nouvelles, il voudrait aussi virer les “fils de putes”, tous ces “son-of-a-bitch” qui bafouent la nation en s’agenouillant sur les terrains de football pendant qu’on chante l’hymne national. Donald Trump déteste tant cette nouvelle forme de protestation des sportifs américains qu’il a fait de l’affront le sujet d’ouverture de ses discours devant ses supporteurs. Son art consommé de la diversion, magnifié par l’obnubilation des télés et la surenchère des dissidents, opère alors le miracle. On oublie tout : l'enquête sur le Kremlingate qui angoisse la Maison Blanche, le nouveau chaos de l’assurance santé au Congrès, les ravages du cyclone sur Puerto Rico, et jusqu’à la signification originelle de ces génuflexions, qui pourtant marquent un tournant historique dans l’opposition à Trump.  

Voilà pourtant plus d’un an que Colin Kaepernick, la star de l’équipe des 49ers de San Francisco, a initié le mouvement, en posant un genou à terre pendant le Stars and Stripes pour protester contre les brutalités policières et a fortiori contre l’impunité presque systématique accordée aux agents impliqués dans la mort de citoyens, pour la plupart noirs, lors de leurs interpellations. Sur ce point, l’actualité est certes riche. La ville de Saint Louis, Missouri, a été le théâtre d’une semaine de manifestations intenses après l’acquittement, le 15 septembre, d’un policier inculpé deux ans plus tôt pour l’homicide d’un conducteur noir.

L’agent Jason Stockley avait peu apprécié d’avoir à pourchasser en voiture un petit dealer dont il avait raté piteusement l’interpellation en flagrant délit sur le parking d’un fast-food. Lorsque le suspect s’est finalement arrêté, il a pris cinq balles. Stockley, selon l’acte d’accusation des procureurs du Missouri, aurait ensuite déposé une arme dans le véhicule pour justifier a posteriori la thèse de la légitime défense. Même ce détail, corroboré par la présence de la seule ADN du policier sur le revolver, n’a pu convaincre le jury de sa culpabilité.

La même semaine, le ministère de la justice a officiellement renoncé à toutes poursuites au niveau fédéral contre six policiers de Baltimore, déjà acquittés par des tribunaux d'État, concernant la mort du jeune Freddie Gray en 2014, retrouvé les vertèbres brisées après son transport dans un fourgon de police. Freddie Gray s’était enfui au passage d’une patrouille de policiers. Son interpellation, justifiée par sa possession d’un couteau de poche, avait été suivie d’une des représailles classiques de la police de Baltimore. Menotté, sans ceinture de sécurité, le suspect a eu droit au “ride”, un parcours volontairement accompagné de freinages brusques et de virages à angle droit durant lequel il avait été projeté contre les parois du véhicule.

Manifestation devant l'hôtel de ville de Baltimore, le 27 juillet 2016. © Reuters Manifestation devant l'hôtel de ville de Baltimore, le 27 juillet 2016. © Reuters

Complètement paralysé, les cervicales brisées, Freddie Gray n’a survécu qu’une semaine à l'hôpital. Si la municipalité, responsable de la police, a indemnisé à l’amiable la famille de la victime pour plus de 6 millions de dollars, rien n’a pu convaincre les jurés, après l’inculpation pour meurtre du chauffeur du fourgon, et pour homicide par négligence de deux autres agents, d’un lien de causalité entre ses conditions de transport et sa mort. Un regrettable accident.

De même, le procès de Michael Slager, un policier filmé en train d’abattre de six balles dans le dos un suspect, Walter Scott, qui s’enfuyait à pied lors d’un contrôle routier en Caroline du Sud, a dû être reporté car le jury ne pouvait trancher à l’unanimité sur l’affaire. Le policier a finalement plaidé coupable de violation des droits civiques de sa victime devant un tribunal fédéral et attend sa sentence, déjà négociée à la baisse, mais l’affaire en dit long sur la mansuétude des autorités et de l’opinion, essentiellement blanche, envers l’usage même excessif de la force létale par la police.

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