En Espagne, un paysage médiatique bouillonnant

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C’est l’un des versants méconnus de la crise espagnole : l’apparition de nouveaux médias, souvent sur Internet, indépendants, plutôt ancrés à gauche. Ce mercredi, l’ancien patron d’El Mundo, le controversé Pedro J. Ramírez, lance un site d’enquêtes payant, avec un budget colossal de 18 millions d’euros, pour dénoncer, dit-il, la corruption qui mine le pays.

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Pour un site d’information espagnol, c’est un lancement hors norme : un budget de 18 millions d’euros, 72 journalistes recrutés pendant l’été, et l’ambition de peser d’entrée de jeu sur le cours de la campagne politique, d’ici aux élections législatives de décembre. L’homme derrière ce projet, Pedro J. Ramírez (surnommé « Pedro Jota », comme la lettre ‘J’ en espagnol) n’est pas un bleu dans le journalisme d’investigation. Après avoir pris, dès ses 28 ans, les rênes de Diario 16, un magazine qui a joué un rôle clé pendant la Transition (après la mort de Franco), il fut en 1989 l’un des fondateurs d’El Mundo, quotidien conservateur qu’il a dirigé pendant 25 ans.

« Nous estimons que la presse doit jouer le rôle de chien de garde. Nous devons être un contre-pouvoir […] face à la concentration du pouvoir politique et la concentration du pouvoir économique », a-t-il expliqué en août au Financial Times. Le site s’intitule El Español (L’Espagnol), référence à un vieux mensuel du même nom lancé par un écrivain sévillan en exil à Londres, de 1810 à 1814, lorsque les troupes napoléoniennes envahirent l’Espagne (voir la vidéo de présentation, sous-titrée en anglais).