Une partie de la droite européenne veut exclure Viktor Orbán

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Le Parti populaire européen (PPE) ira-t-il jusqu’au bout ? Lundi 4 mars, douze formations membres du grand parti de la droite européenne ont demandé l’exclusion ou la suspension du Fidesz, le parti de Viktor Orbán. Un tir groupé qui semble fragiliser le premier ministre hongrois, mais qui ne préjuge pas du résultat. Les Républicains français n'ont pas appuyé l'initiative.

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Restera ? Restera pas ? À moins de trois mois des élections européennes, le Parti populaire européen (PPE) pose la question du maintien dans ses rangs du Fidesz, le parti du premier ministre hongrois Viktor Orbán : ce lundi 4 mars, la grande famille de droite européenne a annoncé que douze des formations qui le composent (sur 79 au total, dont 51 siégeant au Parlement européen) demandaient l’exclusion ou la suspension de l’« Union civique hongroise », membre du PPE depuis 2001.

Ces douze formations représentent principalement les droites démocrates-chrétiennes du Benelux et des pays scandinaves (CDH et CD&V pour la Belgique, CSV pour le Luxembourg, CDA pour les Pays-Bas, KOK pour la Finlande, KD et MOD pour la Suède, Hoyre pour la Norvège – non membre de l’Union européenne). Se sont jointes également la droite grecque de Nouvelle Démocratie ainsi que les deux droites portugaises, CDS-PP et PSD. À l’exception du TS/LKD pour la Lituanie, aucun parti de droite d’Europe centrale et orientale n’y figure. Si les unes et les autres sont des formations importantes dans leurs pays, elles sont faibles numériquement au Parlement. À elles toutes, elles comptent actuellement, selon un décompte effectué par Mediapart, 32 eurodéputés sur les 217 de l’ensemble du groupe.

Les poids lourds de la droite européenne sont absents de cette initiative. La CDU/CSU allemande, qui a toujours été ambiguë sur le cas Orbán ; Les Républicains (LR) français, dont la réorientation idéologique depuis que Laurent Wauquiez en a pris la tête la rapproche sensiblement du Fidesz ; ou encore la Plateforme civique polonaise (PO), qui se trouve dans une situation compliquée sur le plan national où elle doit affronter, elle aussi, une droite autoritaire au pouvoir en pleine dérive antidémocratique. Les deux premiers avaient d’ailleurs fait étalage de leurs divisions en septembre, à l’occasion du vote sur le rapport Sargentini : ce texte, qui faisait le bilan des entorses à l’État de droit en Hongrie, avait été adopté par une confortable majorité au Parlement. Mais une proportion non négligeable d’eurodéputés avaient voté contre, parmi lesquels des élus des droites française et allemande.

Les figures de Soros et Juncker stigmatisées par la campagne du gouvernement hongrois. Les figures de Soros et Juncker stigmatisées par la campagne du gouvernement hongrois.

Depuis, pourtant, le PPE avait tenté d’étouffer ses lignes de division. À l’approche des européennes, il avait fait le choix, en novembre au congrès d’Helsinki (voir le reportage de notre envoyé spécial Ludovic Lamant), de maintenir le Fidesz dans ses rangs, préférant l’avoir avec lui que contre lui. Mais le risque, en rejetant le Fidesz, est de voir se constituer un grand pôle d’extrême droite allant du Fidesz jusqu’au RN français, en passant par la Ligue italienne et le PiS polonais.

« Quoi que l’on fasse, le PPE est perdant, explique une source au sein du parti, favorable à l’exclusion du premier ministre hongrois. Orbán se prépare depuis des années à ce scénario : la victimisation est l’une des clefs de sa stratégie. Si on le met dehors, il passera pour une victime de la perte de vision identitaire et morale du PPE. Nous perdrions une douzaine de députés, ce n’est pas énorme. Mais nous donnerions à Orbán toute la légitimité pour former un groupe de droite dure avec d’autres partis qui ont du poids au Parlement. D’un autre côté, si nous le gardons, il nous porte préjudice : il y a une incompatibilité de vues entre les valeurs profondes du PPE et ce que véhicule Orbán. »

Selon l’article 9 des statuts du Parti populaire européen, pour qu’une procédure d’exclusion ou de suspension d’un parti membre soit ouverte, il suffit que la demande soit déposée par au moins sept partis de cinq pays différents. C’est le cas cette fois-ci : douze partis de neuf pays différents soutiennent la procédure. Pour que le parti membre soit ensuite effectivement exclu ou suspendu, il faut que l’assemblée politique du PPE – une instance qui réunit, trois à quatre fois par an, environ 260 représentants des différents partis qui le composent – se prononce à la majorité simple. Autrement dit, que la majorité des délégués présents lors de la prochaine assemblée, le 20 mars, vote dans le même sens.

Le nombre de représentants de chaque délégation est proportionnel à leur représentation au sein de l’hémicycle. Quant aux partis membres non élus au Parlement, ils ont eux aussi des délégués. Les signataires de l’appel à exclure ou suspendre le Fidesz pèseraient donc, en l’état, moins de 15 % de l’assemblée politique du PPE. S’ils parvenaient à convaincre les Polonais de PO, actuellement dans l’expectative, voire les Allemands de la CDU/CSU, cela pourrait faire pencher la balance. Mais pour l’heure, le rapport de force ne joue pas du tout en faveur de l’exclusion du Fidesz.

D’ailleurs, nous explique-t-on au PPE, il n’est même pas certain, à cette heure, que le vote aura bien lieu. « La discussion sur le maintien du Fidesz est à l’ordre du jour de l’assemblée politique du 20 mars. Cela ne veut pas dire qu’il y aura un vote. Tout dépendra des discussions. Ce qui est important, c’est d’entendre le Fidesz. » Tout ça pour ça ? Tout ce bruit autour de l’exclusion du Fidesz pour déboucher, in fine, sur une simple discussion et le maintien du parti d’Orbán dans la grande famille de la droite européenne ?

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