Crise grecque: l'Europe a (enfin) une idée !

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L'idée d'un «Fonds monétaire européen» fait son chemin. La chancelière allemande Angela Merkel a jugé, lundi 8 mars, l'idée «bonne et intéressante». C'est une surprise, alors que Berlin n'a cessé de défendre ces dernières semaines, au grand malheur d'Athènes, l'absolue souveraineté budgétaire des membres de l'Union. D'autres capitales ont avancé des projets alternatifs en matière de gouvernance. L'Europe va-t-elle tirer les leçons de la crise grecque?

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Sortir par le haut de la crise grecque? Alors que l'Union européenne patine depuis des semaines, incapable de formuler une réponse collective à la déroute d'Athènes, un début d'éclaircie se profile. Le projet, encore très flou: un Fonds monétaire européen, censé venir en aide aux membres de la zone euro mal en point. L'idée, agitée la veille par le ministre allemand des finances, Wolfgang Schäuble, dans les colonnes de Welt am Sonntag, a bénéficié, lundi 8 mars, du soutien décisif d'Angela Merkel: «Je trouve l'idée bonne et intéressante», a déclaré la chancelière allemande, expliquant qu'il fallait «permettre à la zone euro de mieux réagir». D'après une source gouvernementale citée par l'AFP, Paris considère que ce fonds est «plutôt une bonne idée».
Le projet pourrait être examiné par la Commission européenne dès ce mardi 9 mars. Le commissaire aux affaires économiques et monétaires Olli Rehn s'est lui aussi dit partant: «Nous travaillons étroitement sur cette question avec l'Allemagne, la France et d'autres Etats membres», a affirmé lundi le Finlandais au Financial Times Deutschland. «La commission est prête à proposer un instrument européen de ce type, avec le soutien des Etats membres.» La structure bénéficierait de «pouvoirs d'intervention analogues» à ceux du Fonds monétaire international (FMI), mais à l'échelle de la zone euro.
L'offensive allemande semble s'inspirer du projet de «FME» présenté dans The Economist du 18 février, par Daniel Gros et Thomas Mayer, respectivement patron du Centre for european policy studies et économiste à la Deutsche Bank. «Le FME ne naîtra pas du jour au lendemain mais il n'est pas trop tard pour s'y mettre», avancent les deux auteurs dans leur tribune. Mais d'où viendrait l'argent, pour financer ce fonds, alors que l'Europe croule déjà sous les dettes? Gros et Mayer proposent de faire cotiser les pays qui ne respectent pas les mesures fixées par le traité de Maastricht en matière de dette et de déficits publics.
Ces Etats «indisciplinés» verseraient par exemple chaque année 1% de leur «dette en excès», c'est-à-dire celle qui dépasse les 60% de leur Produit intérieur brut, conformément aux critères de Maastricht. D'après leurs calculs, le FME aurait ainsi accumulé, ces dix dernières années, 120 milliards d'euros environ. «De quoi couvrir les coûts potentiels d'un sauvetage de la Grèce», précisent-ils. Angela Merkel s'est contentée de prévenir, lundi, qu'«il faudra bien entendu se demander qui va le financer», et «sous quelle forme».

Une «révolution copernicienne» pour l'Allemagne?

Ce très hypothétique FME aurait le mérite de combler un vide: jusqu'à présent, le traité de Lisbonne interdit explicitement tout prêt conditionnel à un Etat membre de la zone euro. L'Union économique et monétaire mise en place en 1999 ne prévoit aucun mécanisme européen de solidarité financière. Seul l'article 122.2 du traité de Lisbonne introduit une marge de manœuvre: il autorise une aide européenne (sans condition) à un Etat qui se trouverait déstabilisé «en raison de catastrophes naturelles ou d'événements exceptionnels échappant à son contrôle». Un paragraphe au départ prévu pour les incendies et autres tremblements de terre, mais que certains invoquent aujourd'hui pour agir en Grèce...

Quant à l'article 143 du même traité, il permet, toujours en cas de circonstances «exceptionnelles», d'aider financièrement des pays européens non membres de la zone euro. C'est ainsi que la Hongrie, la Roumanie et la Lettonie ont profité, l'an dernier, du «Fonds d'aide européen à la balance des paiements». C'est également en s'appuyant sur ces deux articles (122.2 et 143) que des eurodéputés socialistes plaident pour une intervention de la BCE en Grèce, via le rachat des bons du Trésor détenus par des «spéculateurs». En vain jusqu'à présent.

Le FME pourrait-il venir en aide à la Grèce? Aucune chance. Le ministre allemand des finances, Schäuble, ne s'en cache pas dans son entretien dominical: le FME est un projet lourd à mettre en place, donc inutile face à l'urgence de la crise grecque. En fait, l'élaboration du FME s'annonce longue, puisqu'il faudra, comme l'a reconnu Angela Merkel, «modifier les traités» européens. D'autant que tout le monde n'est pas d'accord sur la finalité de ce fonds.