Des réfugiés libyens espionnés à Paris accusent la France

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Mediapart s’est procuré les preuves de l’espionnage entre 2007 et 2010 par le régime libyen de refugiés politiques et d’opposants à Paris. L’un d’entre eux, Jomode Elie Getty Doby My, fondateur du Conseil national toubou, accuse Bachir Saleh, l’ancien chef de cabinet de Kadhafi aujourd'hui protégé par la France, et annonce son intention de déposer plainte contre Claude Guéant et Nicolas Sarkozy.  

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Le régime libyen a impunément surveillé des réfugiés politiques à Paris, à l’époque du rapprochement Sarkozy/Kadhafi. Victime de cet espionnage, un réfugié toubou, originaire du Sud libyen, Jomode Elie Getty Doby My, longtemps résidant à Toulouse et à Paris, s’apprête à déposer plainte contre Bachir Saleh, l’ancien directeur de cabinet de Kadhafi, aujourd’hui protégé par la France, et contre Claude Guéant et Nicolas Sarkozy qu’il soupçonne de complicité.

Il s’appuie sur des rapports officiels des services de renseignements, récemment retrouvés en Libye : 5 600 pages de notes d’enquête sur lui et son entourage. Dans un entretien, Jomode Elie Getty assure que plusieurs militants ont été enlevés et tués à la suite de cette surveillance, qui a duré plusieurs années à compter de 2007.

Mediapart s’est procuré plusieurs notes des services secrets libyens qui prouvent l’espionnage de l’opposant toubou. Dans un rapport du 13 juin 2007 (voir ci-dessous), à en-tête de la direction des renseignements, des informations sont transmises sur « de jeunes Libyens, parmi lesquels Jomode Elie Getty, qui habite en France » et  qui « exerce des activités contre la Jamahiriya de Libye en utilisant des technologies de communication qu’il est difficile de surveiller ».

« Nous pensons qu’il faut demander à Bachir Saleh d’acheter des systèmes d’écoutes sophistiqués afin de les surveiller, étant donné qu’il a des relations en France », peut-on encore lire dans cette note.

Alors directeur de cabinet de Kadhafi et son homme de l’ombre, Bachir Saleh gérait les contacts de la Libye avec la France par l’intermédiaire de Claude Guéant, d’abord au ministère de l’intérieur puis à l’Elysée. Le Canard enchaîné a révélé cette semaine que celui qu’il présente comme le « caissier de Kadhafi », exfiltré de Libye par les Français pendant la guerre, dispose aujourd’hui d’une autorisation de séjour sur le territoire de trois mois et d’une protection policière.

Jomode Elie Getty © dr Jomode Elie Getty © dr
Dans un autre rapport des services de renseignements libyens, daté du 20 novembre 2007, deux semaines avant la venue en grande pompe de Kadhafi à Paris, il est indiqué au sujet de l’espionnage de Jomode Elie Getty : « Nous croyons qu’il faut demander à nos délégués par le bureau populaire en France de le surveiller et de mettre ses contacts sur écoute, de les identifier et de les suivre, et de surveiller aussi ses mouvements afin d’empêcher les actes anti-libyens. » La note signale également : « Vu la difficulté, nous demandons la possibilité d’avoir recours à des sociétés européennes qui sont spécialisées dans ce genre d’affaires. »

Dans une note suivante du 16 janvier 2008, les services libyens soulignent que Jomode Elie Getty « continue ses actes hostiles à travers la communication et l’Internet, mais aussi qu’il s’adresse à certaines chaînes de télévision satellitaires étrangères et qu’il essaie de se procurer une radio pour diffuser vers la Libye à partir de la France en langue touboue ». « Il prétend notamment que l’armée libyenne a posé des mines anti-personnel (sic) après son retrait à la fin de l’intervention libyenne au Tchad. Ces informations nuisent à l’image de la Jamahiriya auprès de l’Union africaine », poursuit le document.

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