L'Afrique au centre (1) - Comment la Chine s'est emparée d'un continent

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L'Afrique est de retour au centre du commerce mondial. Grâce à une poignée de pays en développement avides de ses matières premières. Toute cette semaine, Mediapart raconte la montée en puissance des géants du Sud sur le continent noir. Premier volet de cet autre versant de la mondialisation : la ruée des Chinois en Afrique, entre partenariat et nouvelles formes de colonisation. Lire aussi les Chinois et le pétrole africain.

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Ce serait l'une des explications de fond à l'envolée des cours des matières premières depuis des mois, comme à l'éclatement des «émeutes de la faim» en début d'année : les besoins gigantesques d'une Chine jamais rassasiée. Avec une économie au bord de la surchauffe et une croissance annuelle à deux chiffres (plus de 11% en 2007), le pays est devenu l'un des tout premiers importateurs nets de matières premières au monde.

 

Pour faire ses courses, la Chine s'est tournée vers l'Afrique. Cuivre (Zambie, Afrique du Sud), alumine (Guinée), pétrole (Soudan, Guinée), cobalt (Afrique du Sud, RDC), métaux ferrugineux (Mauritanie)...

 

Citons une poignée de chiffres pour prendre la mesure de ce mouvement de fond, véritablement enclenché au tout début des années 2000 : le commerce régional entre les deux régions a explosé, multiplié par 50 de 1980 à 2005, et par 5 entre 2000 et 2006, pour s'établir à 55 milliards de dollars. La barre des 100 milliards devrait être dépassée en 2010.

 

 © Paolo Woods © Paolo Woods

 

Le graphique ci-dessous, tiré du livre collectif China returns to Africa (lire sous Prolonger), montre la forte accélération des exportations africaines vers la Chine (bâtonnets clairs) et des importations de produits chinois en Afrique (bâtonnets sombres) à partir de l'année 2000. Ce n'est pas un hasard : cette année-là s'est tenu à Pékin, en toute discrétion, le premier Forum de coopération Chine-Afrique, grande messe diplomatique orchestrée par le président chinois Hu Jintao (et qui continue de se dérouler, tous les trois ans – prochaine édition en 2009 au Caire).

 

 

«Le phénomène a changé d'échelle. Tout se passe comme si [les Chinois] avaient d'un coup décuplé leurs efforts au point de pénétrer l'imaginaire d'un continent», confirment les journalistes Serge Michel et Michel Beuret dans leur livre La Chinafrique (Grasset, 2008). Combien de Chinois sur place ? Combien d'entreprises ? Quelle part d'investissements privés ? Quelle part d'aide au développement ? Quelle mainmise de l'Etat chinois ?

 

L'administration chinoise se montre très discrète sur ces sujets et l'abondante littérature parue ces derniers mois (lire le détail des références sous l'onglet Prolonger) ne permet pas de trancher sur les chiffres. Selon les estimations les plus courantes, entre 500.000 et 700.000 Chinois vivraient sur le continent aujourd'hui. Un petit millier d'entreprises ont été recensées.

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Depuis le lancement du site il y a presque trois mois, des dizaines d'informations ont confirmé, à intervalles réguliers, la montée en puissance de la Chine et de l'Inde en Afrique : signature de contrats juteux ici et là en Afrique, rapport du Parlement européen sur la question, conférence de presse d'officiels chinois à Paris, batterie de working papers du centre de développement de l'OCDE sur le sujet, etc. Jusqu'à présent, nous n'en avions pas dit mot. A chaque fois, la même gêne : évoquer par le tout petit bout de la lorgnette une tendance de fond complexe et hautement polémique, se retrouver contraint de relayer les chiffres publiés par Pékin ou lus un peu partout dans la presse, faute d'en savoir plus sur le sujet, faute d'avoir enquêté un tant soit peu. Nous avons donc attendu, quitte à perdre en réactivité.

 


Les partis pris de la série sont simples : raconter cette mondialisation Sud-Sud qui en dit beaucoup plus sur l'état du monde que les grandes conférences internationales et leur langue feutrée, faire le tri dans l'abondante littérature parue sur le sujet en donnant le plus possible la parole aux chercheurs sur le terrain, constituer une base de référence qui nous permette, dans les mois à venir, de rebondir plus vite sur tel ou tel événement que l'on jugera significatif. Bref, constituer, doucement, une mémoire du site sur ces sujets à nos yeux décisifs.