«L’Etat islamique a semé le chaos»

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Moussa Ag Acharatoumane, leader du Mouvement pour le salut de l’Azawad, se défend des accusations portées contre son organisation dans la responsabilité des massacres commis au centre du Mali. 

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Membre fondateur du Mouvement national pour la libération de l’Azawad (MNLA), qui avait lancé l’offensive contre l’armée malienne en 2012, Moussa Ag Acharatoumane est passé en quelques années du statut de « VRP » d’une rébellion touareg unifiée à celui de chef politico-militaire d’un groupe armé régional. Il craint toutefois d'être qualifié de « seigneur de guerre » et rejette le qualificatif péjoratif de « milice » pour son groupe armé, le Mouvement pour le salut de l’Azawad (MSA). 

Moussa Ag Acharatoumane. © DR Moussa Ag Acharatoumane. © DR
Un peu plus d’un an après la signature de l’accord de paix de 2015, il décide de quitter la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA), composée des ex-groupes rebelles dont fait partie le MNLA. Il la juge guidée par les intérêts d’un clan, celui de Kidal et des Ifoghas, et rejette les affrontements dans lesquels elle s’est engagée avec le Groupe autodéfense touareg Imghad et alliés (Gatia), proche du gouvernement malien. Il crée le MSA en 2016 en misant sur un territoire, la région de Ménaka, et un peuple, les Daoussak, bien implantés sur place et auquel il appartient par son père.

Au cours de l’entretien, Moussa Ag Acharatoumane tient à rappeler qu'il n'a « aucune formation militaire », qu'il est « un intellectuel » – « Je suis jeune et j’ai été à l’école, j’ai fait des études de sciences politiques, à Bamako et à Paris, ce qui n’est pas le cas de beaucoup de nos leaders aujourd’hui » – et que sa « seule particularité » est d'être, « malgré [son] jeune âge, à la tête de l’une des communautés les plus importantes dans le milieu touareg ».  

L’engagement de ses hommes contre l’État islamique au Grand Sahara (EIGS) et sa disponibilité à travailler avec les forces loyalistes lui ont valu une alliance avec l'opération Barkhane. Mais les opérations conjointes menées par l’armée française avec des groupes à base tribale – bien que revendiquant une composition variée – contre l’EIGS, réputé recruter en milieu peul, auraient coïncidé ces derniers mois avec une escalade des violences communautaires. 

Les opérations antiterroristes menées par le MSA, le Gatia, l’armée française et l’armée malienne dans la région de Ménaka sont-elles à l’origine du cycle de violences actuel ?

Moussa Ag Acharatoumane : La situation actuelle dans la région de Ménaka n’a absolument rien à voir avec les opérations. Elles sont justement en cours parce que cette région est instable et parce que cette organisation criminelle [l’État islamique au Grand Sahara – ndlr] y a semé le chaos. Il y a déjà eu des massacres de populations par dizaines dans certaines zones mais malheureusement les médias internationaux n’en ont jamais parlé. Aujourd’hui on en parle, je ne sais pas pourquoi, peut-être parce que Barkhane y est présent désormais.

Si, comme vous l’avez dit, vos hommes ne sont pas impliqués dans ces violences contre des civils, qui en sont les auteurs ?

Depuis que les opérations ont commencé, cette organisation qui semait la haine et la terreur se sent menacée. Elle est aujourd’hui aux abois et acculée. Elle essaie donc d’attiser les violences entre des communautés qui ont toujours vécu en symbiose. Récemment encore, des Daoussak ont restitué à des Peuls des troupeaux volés, et vice-versa.

L’objectif de ces gens est de faire porter la responsabilité des violences au MSA, au Gatia, aux Famas, aux forces nigériennes, à Barkhane, parce qu’en réalité, c’est leur business et leur organisation que nous sommes en train de déconstruire petit à petit. Les attaques sont menées par des terroristes constitués de toutes les races, toutes les couleurs, toutes les communautés. Les auteurs des derniers assassinats commis dans la région ont été arrêtés hier [le 4 juin – ndlr], parmi lesquels un Touareg qui a reconnu leur implication dans une bonne partie des massacres récents. Attacher les gens par dizaines, par vingtaines et leur mettre une balle dans la tête, ça n’a absolument rien de communautaire, ce sont des actes commis par des organisations criminelles.

Ces violences ne sont-elles alors pas le signe que la situation vous échappe ?

Des milliers de civils sont épargnés et protégés dans cette région, il ne faut pas regarder seulement ceux qui sont tués. Quelles ont été les premières forces déployées dans ces zones-là pour protéger les populations ? Il n’y avait que nous et nos alliés, alors que la protection des civils revient normalement à la Minusma, ou à une autre force. Malheureusement, nous sommes les seuls à le faire, et de nombreux civils sont épargnés aujourd’hui grâce à nos efforts.

Un dialogue est-il possible pour faire cesser ces violences ?

Les gens, les communautés, ont toujours discuté, échangé, essayé de trouver des solutions, mais la triste réalité, c’est qu’en face, il n’y a pas d’interlocuteurs, ils n’ont pas de chefs en dehors d’al-Saraoui [chef d’origine sahraoui de l’EIGS – ndlr] et il est dans une logique que personne ne va accepter. Qui est-il pour que les gens discutent avec lui ? Quelqu’un qui a fui de chez lui parce qu’il a des problèmes ne va pas venir nous dire ce qu’on doit faire chez nous.

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