En Italie, la liste des agressions racistes s'allonge jour après jour

Par Beniamino Morante

Le 3 février 2018, un militant d’extrême droite et ex-candidat de la Ligue à des élections locales ouvrait le feu sur six migrants noirs à Macerata, dans le centre de l’Italie. Depuis, onze autres attaques à caractère raciste – par le biais d’armes à feu, à air comprimé ou d’armes blanches – ont pris des personnes immigrées pour cible. Mediapart dresse cette liste vertigineuse, qui confirme la montée de la xénophobie dans la péninsule.

Cet article est en accès libre. Découvrez notre offre spéciale ! S'abonner

Sergio Mattarella s’est senti obligé de sortir de sa réserve. « L’Italie ne peut pas ressembler à un Far West, où quelqu’un achète un fusil et tire sur une fillette d’un an, a lancé, le 26 juillet 2018, le président de la République. C’est de la barbarie et cela doit susciter l’indignation. » Dix jours auparavant, à Rome, un homme avait tiré de son balcon avec une carabine à air comprimé sur une enfant de nationalité roumaine. Un épisode terrifiant, mais loin d’être isolé.

Les deux vice-présidents du gouvernement formé début juin, Matteo Salvini, pour la Ligue, et Luigi Di Maio, pour le Mouvement Cinq Étoiles (M5S), se sont montrés bien plus discrets face à la multiplication des actes racistes. Interrogé sur la question le 28 juillet 2018, Salvini, ministre de l’intérieur, déclarait que « l’alerte raciste est une invention de la gauche » et que « les Italiens sont de braves gens, mais leur patience est en train de prendre fin ».

Dans une manifestation contre le racisme à Macerata dans le centre de l’Italie, le 10 février 2018 : « Arrêtez de jouer avec la vie des migrants » © Reuters/Yara Nardi Dans une manifestation contre le racisme à Macerata dans le centre de l’Italie, le 10 février 2018 : « Arrêtez de jouer avec la vie des migrants » © Reuters/Yara Nardi

Quant à Luigi Di Maio, il a défendu son allié, en niant un quelconque climat de tension dans le pays. « Je ne crois pas qu’il y ait une alerte liée au racisme, a-t-il assuré le 30 juillet. Certaines personnes ont besoin de se sentir de gauche, car elles ne le sont plus, donc elles attaquent Matteo Salvini en l’accusant d’être d’extrême droite. » Il n’y a guère que le président de la Chambre des députés Robert Fico (M5S), au sein de la majorité, qui fait le service minimum : « Qu’il y ait ou pas, en ce moment, davantage d’attaques racistes en Italie, je pense que le racisme doit être toujours combattu sans jamais hésiter une seconde. Même s’il n’y avait ne serait-ce qu’un épisode de racisme, il faudrait le combattre sans se poser de questions. »

Malgré les démentis de l’exécutif, les épisodes violents qui ont pris pour cible des étrangers se sont bel et bien multipliés depuis le début de l’année, et la campagne pour les élections générales du 4 mars dernier en particulier. Le 3 février, Luca Traini, militant d’extrême droite et ancien candidat de la Ligue à des élections communales, ouvrait le feu sur six migrants noirs à Macerata, dans le centre de l’Italie (lire notre article). Depuis, pas moins de onze attaques à caractère raciste impliquant l’usage d’armes ont été recensées en Italie. Tentative de recension.

[Pour connaître le détail des cas, cliquer sur la carte ci-dessous, ou lire les puces plus bas dans l’article]

Beniamino Morante / Mediapart

Florence, 5 mars 2018, un mort. Le 5 mars, Roberto Pirrone, un homme de 65 ans, sort de son domicile, dans la capitale toscane. Armé d’un pistolet, il tue Idy Diene, un immigré sénégalais, vendeur ambulant, qui résidait légalement en Italie depuis vingt ans. L’homme a par la suite déclaré à la police qu’il souhaitait se suicider, mais n’en ayant pas trouvé le courage, il aurait décidé d’assassiner quelqu’un pour finir en prison. Roberto Pirrone a nié avoir choisi de faire feu sur Idy Diene pour des motivations raciales, mais le fait qu’il ait d’abord « écarté » d’autres victimes potentielles sur son passage, avant d’ouvrir le feu sur Diene, semble contredire sa version.

Vibo Valentia, 2 juin 2018, un mort et un blessé. C’est le premier incident ayant eu lieu après la formation du gouvernement d’extrême droite emmené par Giuseppe Conte. Dans la nuit du 2 au 3 juin, Sacko Soumayla, un Malien de 29 ans, est abattu par un coup de fusil alors qu’il est en train de dérober avec deux complices du matériel métallique dans une usine abandonnée. Madiheri Drame, lui, est blessé à la jambe. Les trois hommes cherchaient à prélever de vieilles tôles pour pouvoir se fabriquer un abri de fortune.

Le tireur est Antonio Pontoriero, neveu d’un des associés à qui appartenait l’usine par le passé. Sacko Soumayla était un activiste syndical qui défendait les droits des migrants travaillant dans l’agriculture en Calabre. Il possédait un permis de séjour pour résider régulièrement en Italie.

Sulmona, 12 juin 2018, un blessé. À la suite d’une dispute avec un migrant, deux Italiens, armés d’un faux pistolet et d’un petit couteau, pénètrent à l’intérieur d’un centre d’accueil à la recherche de l’homme avec qui a eu lieu l’altercation à Sulmona, dans les Abruzzes. Ils ne le trouvent pas, mais menacent les autres migrants. Une rixe éclate et un Gambien âgé de 23 ans est blessé par un coup de couteau.

Caserte, 11 juin 2018, un blessé. À Caserte, près de Naples, deux migrants maliens, Daby et Sekou, sont approchés par une voiture avec trois jeunes Italiens à l’intérieur. Les trois individus tirent alors sur les migrants avec un pistolet à air comprimé au cri de « Salvini ! Salvini ! », selon le récit des victimes. Un des deux Maliens a été légèrement blessé à l’abdomen. Les auteurs de cette attaque n’ont pas été identifiés.

Naples, 20 juin 2018, un blessé. Un cas très similaire s’est déroulé dans la capitale de la Campanie quelques jours plus tard. Konate Bouyagui, un Malien de 21 ans vivant en Italie depuis cinq ans et travaillant comme cuisinier, est approché par une voiture à sa sortie du travail en plein centre-ville de Naples. Deux hommes d’une trentaine d’années, armés d’une carabine à plomb, tirent sur Konate et le blessent à l’abdomen. Les agresseurs n’ont pas été identifiés à ce jour.

Prolongez la lecture de Mediapart Accès illimité au Journal contribution libre au Club Profitez de notre offre spéciale