EUROPE

En Allemagne et en Belgique, les inondations font des dizaines de morts

De fortes pluies ont inondé  plusieurs pays européens. Des dizaines de personnes sont mortes en Allemagne et en Belgique. « Nos pays ne sont pas préparés à faire face aux changements climatiques extrêmes », prévient François Gemenne, chercheur à l’université de Liège. 

Yasmine Sellami

15 juillet 2021 à 20h25

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Des voitures emportées par des courants d’eau en plein centre-ville, des crues, des maisons inondées… Les pluies diluviennes qui ont frappé jeudi 15 juillet plusieurs pays européens ont provoqué de fortes inondations à l’ouest de l’Allemagne, et à l’est de la Belgique. 

Côté allemand, le bilan établi vendredi matin par la ministère de l’intérieur de Rhénanie-Palatinat fait état d’au moins 81 morts. De nombreuses personnes restent en outre portées disparues, faisant craindre un bilan au final encore plus lourd. Côté belge, les intempéries ont fait au moins onze victimes, selon les chiffres les plus récents. 

En Allemagne, la ville d’Euskirchen, dans le Land de Rhénanie-du-Nord-Westphalie, est particulièrement touchée. Elle compte, à elle seule, quinze morts, selon la police locale qui a précisé que « tous les corps n’avaient pas encore été retrouvés ». La ville d’Ahrweiler, en Rhénanie-Palatinat, déplore dix-huit victimes. 

À l'ouest de l'Allemagne, des voitures emportées par les inondations. © Ian Fraser via Twitter

Le territoire a vu ses arbres arrachés, les routes et les maisons inondées, et certaines constructions se sont même effondrées. Beaucoup de sinistrés se sont réfugiés sur les toits des bâtisses. Les secours tentent de les évacuer mais sont insuffisants. En renfort, l’armée allemande va déployer trois cents soldats dans les deux zones les plus touchées pour participer aux opérations de sauvetage.

Une goutte froide au-dessus de l’Allemagne

Selon Frédéric Nathan, prévisionniste à Météo-France, les fortes pluies que connaît le territoire s’expliquent par « la goutte froide à laquelle est soumis le pays depuis quelques jours. Elle a très peu bougé en quarante-huit heures. Les précipitations ont donc eu lieu au même endroit pendant longtemps ».

Autrement dit, c’est une masse d’air très froid qui circule à environ 5 000 mètres d’altitude et déstabilise ce qui se trouve en dessous, en provoquant zones de pluies intenses ou orages. « Cette goutte froide était positionnée ce matin autour du sud de l’Allemagne. Elle a donné naissance à des perturbations pluvieuses, qui se sont enroulées et qui ont eu pour résultat des précipitations abondantes ces dernières heures. Mais à partir de demain, elle va commencer à se déplacer vers le nord de l’Italie. »

Le météorologue se montre tout de même rassurant : « Vendredi on attend encore des précipitations mais elles n’auront rien à voir avec celles de ces 48 dernières heures. Elles seront beaucoup moins intenses. »

Autre raison avancée par le spécialiste, l’état initial des sols. « Quand ils sont déjà gorgés d’eau et qu’à cela se rajoutent les précipitations, cela augmente le risque de crues, décrypte-t-il. Il y a un seuil au-delà duquel les rivières ne tiennent plus et débordent. Cela peut provoquer des effets extrêmement dévastateurs en fonction de la fragilité de l’endroit, ce qui expliquerait pourquoi il y a un tel écart en termes de dégâts entre l’Allemagne et la France. » Car la France aussi a connu de fortes pluies, notamment en Lorraine, où il a plu l’équivalent de deux mois de précipitations.  

Le centre-ville de Liège évacué

En Belgique, François Gemenne, chercheur rattaché à l’université de Liège, spécialisé dans les déplacements de populations en lien avec le changement environnemental, n’aurait jamais cru assister à un tel scénario dans sa ville d’origine. « On a souvent tendance à projeter ces catastrophes sur des ailleurs lointains, on est très, très démunis quand ça arrive chez soi. Symboliquement, voir Liège évacuée à la suite d’événements environnementaux est très important puisque c’est ici qu’est établi mon laboratoire, qui est le premier centre de recherche au monde consacré aux liens entre environnement et migrations. Là, on devient nous-mêmes un cas d’étude. »

Dans l’après-midi, les autorités liégeoises ont demandé aux habitants du centre-ville et des quartiers en bord de Meuse d’évacuer la ville. Ceux qui ne peuvent pas s’en aller ont été invités à monter se réfugier aux étages de leurs habitations. Les villes de Pepinster, Theux, ou encore Spa, situées près de Verviers, ont également été affectées.

Le centre-ville de Liège inondé le jeudi 15 juillet, via @bbcweather sur Twitter. © BBC Weather

Ces fortes pluies en Europe arrivent après la vague de chaleur qui s’est abattue, il y a quinze jours, sur le nord du continent américain. La catastrophe naturelle est-elle directement liée au réchauffement climatique ? Pour François Gemenne, « c’est très difficile d’établir un lien direct entre un événement climatique en particulier et le changement climatique. Par contre, le changement climatique va accentuer ce risque d’inondations soudaines, ce risque de précipitations très fortes. Et notamment d’alternance de périodes de sécheresse et de périodes de fortes précipitations. Un cycle qui a fait des ravages en Afrique, mais dont les pays industrialisés, comme le nôtre, ne sont pas immunisés. »

Le changement climatique va accentuer ce risque d'inondations soudaines

François Gemenne, chercheur spécialisé dans les mouvements de populations en raison du changement climatique

François Gemenne pointe également un manquement de la part des institutions en matière d’aménagement urbain. Selon lui, la ville n’était pas bien équipée face aux risques de crues et d’inondations, ce qui a accentué les dégâts. « Liège est une ville qui a été marquée par des plans d’urbanisation un peu anarchiques, où on a énormément bétonné les sols qui ne sont donc pas perméables à l’eau, ce qui crée des débordements », regrette-t-il. D’autant plus que l’une des explications à l’ordre d’évacuer le centre-ville de Liège réside dans le dysfonctionnement d’un barrage où seules deux ouvertures étaient en marche, sur les six normalement disponibles. 

Et au chercheur belge de conclure : « Les événements au Canada, comme en Allemagne ou à Liège, doivent nous alerter sur le fait que nos pays ne sont absolument pas préparés à faire face aux changements climatiques extrêmes de ce type. Très souvent, on s’imagine que l’adaptation est quelque chose qui doit être réservée aux pays du Sud. À l’évidence, ce qui se passe en ce moment nous prouve que nous sommes, nous aussi, concernés. »

Yasmine Sellami


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