En Ukraine, un nouveau président entre deux mondes

Par Sébastien Gobert

L’ancien comédien Volodymyr Zelenski, président le mieux élu depuis l’indépendance de l’Ukraine en 1991 (avec 73 % des voix), se rend à Paris ce lundi 17 juin en voyage officiel. Durant sa campagne, il avait promis de manière floue un changement radical, une lutte acharnée contre la corruption et une paix imminente avec la Russie. Tout en favorisant aujourd’hui une logique d’intégration européenne.

La lecture des articles est réservée aux abonnés.

Kiev (Ukraine), correspondance.– Les habitants de Kiev sont habitués à la vue de gardes du corps menaçants, postés aux abords de restaurants de luxe ou de grosses berlines noires qui « roulent à l’argent sale », selon un dicton local. L’homme qui se tient devant une station-service, ce 29 mai, est néanmoins discret, presque égaré. Le beau monde post-soviétique visite très rarement de tels endroits publics en bordure de voie rapide. Mais aujourd’hui, c’est un « nouveau » beau monde. En un battement de cil, un cortège officiel se gare. Sans prévenir, Volodymyr Zelenski sort d’une des voitures, se rend au comptoir de la station, et commande un kebab. Entouré d’une sécurité minimale, il échange quelques mots avec des curieux et pose pour des selfies avec des admirateurs. 

L’anecdote s’inscrit dans le cadre d’une opération de communication dont il a le secret. Lui qui se dépeint comme un « homme simple » exhibe son kebab dans une photo sur sa page Facebook, et y gagne plus de 90 000 likes. La scène n’en reste pas moins symbolique : elle confirme l’assurance et l’ouverture apparente du personnage, alors que son prédécesseur, Petro Porochenko, n’apparaissait en public qu’en présence d’une dizaine de gardes du corps. Le changement de style, assurent Volodymyr Zelenski et ses partisans, consacre un changement d’époque.