La juge Carmena, 71 ans, se lance en politique pour ravir Madrid à la droite

Par

Ils sont les héritiers dans l'arène politique de l'esprit « indigné ». Des centaines de candidatures d'unité populaire se présentent aux municipales du 24 mai en Espagne. Ce sont des plateformes qui mêlent des figures de la société civile, des acteurs des mouvements sociaux, mais aussi des membres de partis de gauche. Reportage à Madrid, dans les pas de Manuela Carmena, une juge de 71 ans qui fédère une multitude de candidats issus de la société civile, de mouvements sociaux et de partis politiques traditionnels.

La lecture des articles est réservée aux abonnés.

De notre envoyé spécial à Madrid. Chacun leur tour, au pied de l'estrade en plein air, ils s'emparent du micro. Une femme, la soixantaine, qui parle si bas qu'on l'entend à peine : « Je veux juste dire une chose, les rues sont sales. » Un trentenaire, très remonté : « Qu'allez-vous faire de la "ley mordaza", la nouvelle loi du PP ? », référence à cette « loi-bâillon » sur la sécurité adoptée par les conservateurs au pouvoir, jugée liberticide par ses adversaires. Au tour d'un homme du même âge, chemise à carreaux : « Il faut en finir avec la privatisation des centres sportifs, qu'allez-vous faire ? » Encore un homme, plus âgé : « Comment récupérer ces bâtiments vides, qui ont été vendus à des fonds vautours, pour en faire du logement social ? » Une femme, la cinquantaine, aux longs cheveux : « Podemos ne dit pas assez, dans son programme, sur la défense des animaux. Et vous ? »

Sur scène, Manuela Carmena, une juge à la retraite de 71 ans, et ses colistiers écoutent ce cahier de doléances à ciel ouvert. Ils prennent des notes, y répondront plus tard dans la soirée. Environ 400 personnes se sont massées dimanche en début de soirée sur cette place de Vallecas, l'un des districts plutôt pauvres du sud-est de Madrid, pour participer à cet acte de campagne de la liste citoyenne Ahora Madrid (« Maintenant Madrid »). Le rituel des questions-réponses est devenu la marque de fabrique de la tournée « gobernar escuchando » (gouverner par l'écoute), lointain héritage de l'esprit du « 15-M », lorsque les « indignés » s'étaient emparés des places d'Espagne en 2011. Leur campagne, tout en douceur, loin du style plus combatif et clivant de Podemos, est en train de marquer les esprits.