Brexit: et maintenant, Theresa May propose un second référendum

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La première ministre britannique a eu une idée : si les élus de la Chambre des communes approuvent le projet de loi sur le Brexit début juin, ils pourront ensuite se prononcer en faveur de la tenue d’un second référendum. Mais à Westminster et dans le reste du pays, plus personne ne prête attention à ce que dit la cheffe du gouvernement.

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Londres (Royaume-Uni), de notre correspondante.– À trois jours de la tenue d’élections européennes (les Britanniques votent jeudi 23 mai) qui s’annoncent catastrophiques pour son parti, Theresa May s’est livrée mardi 21 mai à un exercice aussi vain qu’inattendu. Au siège du groupe d’audit et de conseil PricewaterhouseCoopers, en présence d’une poignée de journalistes, la première ministre britannique a présenté un « deal » en dix points afin de « trouver un nouveau terrain d’entente au Parlement ».

Theresa May, le 21 mai. Theresa May, le 21 mai.
La semaine dernière, le 14 mai, Theresa May avait fait savoir son intention de soumettre pour la quatrième fois l’accord de retrait de l’Union européenne aux élus de la Chambre des communes au cours de la semaine du 3 juin.

Le pari s’annonçait hautement risqué, beaucoup trop risqué pour les ténors du parti conservateur si bien que, 48 heures plus tard, la première ministre avait été contrainte d’annoncer qu’une élection interne au parti débuterait en juin pour désigner un nouveau leader et, donc, un nouveau premier ministre.

Theresa May vit ses derniers jours à la tête du pouvoir exécutif. L’heure du bilan approche à grands pas. La première ministre n’a rien à mettre à son actif. Elle n’a tenu aucune des promesses de justice sociale faites en juillet 2016, lors de son arrivée au 10 Downing Street : le pays risque de basculer vers des inégalités extrêmes, de l’ordre de celles qui rongent les États-Unis, a prévenu la semaine dernière le prix Nobel d’économie Angus Deaton, et le Brexit est dans l’impasse.

Alors, hier, l’inflexible Mme May a mis un genou à terre. Elle a ouvert la porte à l’organisation d’un second référendum. La leader conservatrice continue d’y être opposée, a t-elle précisé, mais elle « constate l’intensité et la sincérité des opinions aux Communes sur cette question importante ». Si les députés approuvent le projet de loi d’application de l’accord sur le Brexit, ils pourront alors voter sur la question de l’organisation d’un second référendum.

Il y a quelques mois, cette proposition aurait peut-être incité certains députés parmi les plus pro-européens à apporter leur soutien à la première ministre, mais la manœuvre désespérée de Theresa May n’a suscité aucun intérêt de la part des défenseurs d’un second vote.

La campagne pour le People’s Vote, autrement dit pour un second référendum, a d’ailleurs fait remarquer que la première ministre s’était contredite dans son discours. Theresa May a en effet affirmé qu’un nouveau rejet de l’accord de retrait de l’UE risquait de mener à un nouveau vote populaire et, en bout de course, au maintien du pays dans l’UE.

Avec ses dix propositions pour créer un nouveau consensus sur le Brexit, la première ministre a réussi l’exploit d’unir instantanément presque tous les députés de tous les bords confondus contre elle.

Jeremy Corbyn, le leader du parti travailliste, a prévenu que son parti ne « ne soutiendr[ait] pas une version reconditionnée du même vieil accord » et beaucoup de députés conservateurs, y compris les mieux disposés à son égard, jugent scandaleux que Theresa May puisse envisager la tenue d’un nouveau référendum contrairement à ses promesses de campagne.

« Je ne peux pas tolérer cette situation sans queue ni tête. La première ministre doit partir », a réagi Zac Goldsmith. Le député conservateur londonien avait pourtant voté en faveur de l’accord de retrait au mois de mars, tout comme Robert Halfon, autre député tory de la capitale, qui mardi soir reprochait à la première ministre d’avoir « trahi » ses promesses.

« Désespérée, bercée d’illusions, foutue », titre le journal de droite le Daily Telegraph. Le quotidien, qui compte Boris Johnson parmi ses éditorialistes, se montre rarement tendre avec Theresa May. Cependant, de l’avis général, avec cet énième discours sur le Brexit vide de sens, la première ministre a précipité sa chute, pourtant imminente.

« Il est beaucoup, beaucoup trop tard à ce stade pour se tourner vers les autres afin de se ménager une porte de sortie, estime Laura Kuenssberg, l’éditorialiste politique en chef de la BBC. À présent, certains conservateurs se demandent si [Theresa May] peut rester à Downing Street jusqu’au vote [du projet de loi]. » Un sondage YouGov publié aujourd’hui par le Times place les conservateurs en cinquième position du scrutin européen, très loin derrière le Parti du Brexit de Nigel Farage.

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