Grèce: l'euro à l'épreuve des marchés

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Sa demande d'aide à l'Union européenne et au FMI n'a apporté aucun soulagement à la Grèce. La spéculation a repris de plus belle sur la dette grecque et sur l'euro, face à une Europe qui commence tout juste à prendre la pleine mesure des dangers.

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En quelques heures, le ton a changé. Alors que tout au long du week-end, les responsables allemands n'avaient cessé de faire monter les enchères sur leur éventuelle participation au plan de sauvetage grec, relayés par la ministre des finances française, Christine Lagarde, toujours très à l'aise dans le rôle de supplétif, lundi après-midi, Berlin a brusquement adouci ses propos.
En début d'après-midi, Angela Merkel a soudain nuancé ses conditions. Elle s'est déclarée «confiante» dans le plan d'économies présenté par la Grèce. «Je le dis clairement, l'Allemagne va aider la Grèce si les conditions sont remplies», a-t-elle insisté. De son côté, le ministre des finances, Wolfgang Schaüble, adressait au même moment un appel urgent aux parlementaires allemands à propos du plan de sauvetage européen en faveur de la Grèce. «Ce n'est pas seulement une question de respect des procédures parlementaires. C'est une question de défense de la stabilité de notre monnaie commune.» Pour les persuader de l'urgence de la situation, il leur a annoncé la venue simultanée de Dominique Strauss-Kahn, président du FMI, et de Jean-Claude Trichet, président de la BCE, mercredi, pour expliquer l'importance du plan de sauvetage.
Dans la foulée, Nicolas Sarkozy et le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, dont on avait oublié l'existence depuis le début de cette crise, se fendaient d'un communiqué, appelant à «une action rapide et résolue contre la spéculation qui vise la Grèce, afin d'assurer la stabilité de la zone euro». Autre revenant, le ministre espagnol des affaires étrangères, Miguel Angel Moratinos, dont le pays préside actuellement l'Union européenne, assurait que les pays de la zone euro sauraient «rapidement exprimer leur solidarité à la Grèce».
Ce branle-bas de combat général, après des semaines de valse-hésitation, donne la mesure de la panique qui a saisi les Européens: la maison commune est en danger. L'euro est désormais mis à l'épreuve des marchés.
La demande présentée vendredi par la Grèce d'un plan d'aide soutenu par les pays de la zone euro et le FMI aurait dû apporter quelque apaisement sur les marchés. Il n'en a rien été: les déclarations intempestives des uns et des autres ont miné la crédibilité du soutien européen.
Lundi, la folle spéculation sur la dette grecque reprenait de plus belle. Les rendements exigés sur les obligations grecques à dix ans dépassaient les 9%, soit plus de 607 points de base par rapport aux obligations allemandes. Les CDS (credit default swap), assurance sur le risque de défaut, grimpaient à 7,13% pour les emprunts grecs à cinq ans, contre 6,14% vendredi. En clair, la prime annuelle pour assurer 10 millions d'obligations grecques à cinq ans atteint 713.000 dollars. L'euro était aussi à nouveau attaqué, frisant la barre de 1,32 dollar, contre 1,35 il y a une semaine. En un mot, tous les signaux étaient au rouge vif.

Le spectre de l'Argentine

Les déclarations des différents responsables européens permettront-elles de ramener un peu de sérénité sur les marchés? D'hésitation en atermoiements, l'Europe a perdu beaucoup de temps pour élaborer une position commune. Les échéances se précipitent: la Grèce fait face à un refinancement de 19 milliards d'euros le 19 mai.