Italie: Les migrants débarquent du Diciotti; Salvini objet d'une enquête

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Les 150 migrants qui se trouvaient à bord du Diciotti, un bateau des garde-côtes italiens bloqué depuis cinq jours dans le port sicilien de Catane, avaient tous quitté le navire dimanche matin, une solution ayant été trouvée la veille pour leur prise en charge.
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CATANE, Italie (Reuters) - Les 150 migrants qui se trouvaient à bord du Diciotti, un bateau des garde-côtes italiens bloqué depuis cinq jours dans le port sicilien de Catane, avaient tous quitté le navire dimanche matin, une solution ayant été trouvée la veille pour leur prise en charge.

Le gouvernement italien refusait depuis lundi de laisser débarquer les passagers, majoritairement originaires d'Érythrée, tant que d'autres Etats de l'UE n'accepteraient pas d'en accueillir quelques uns.

Seuls 27 mineurs non accompagnés avaient été autorisés à descendre à terre mercredi et, avant cela, 13 autres personnes nécessitant une hospitalisation d'urgence.

Le ministre de l'Intérieur, Matteo Salvini, a précisé samedi que l'Albanie avait proposé d'accepter 20 migrants et l'Irlande 20 à 25, tandis que les autres seraient logés par l'Eglise catholique "sans frais" pour le contribuable italien.

"L'église a ouvert son cœur et a ouvert son portefeuille", a déclaré Matteo Salvini, qui est aussi le secrétaire fédéral de la Ligue, le parti d'extrême droite qui dirige l'Italie depuis le mois de juin avec le Mouvement Cinq Etoiles (MS5, anti-système).

Matteo Salvini, qui a lancé une politique contre l'immigration dès son arrivée au pouvoir, a également annoncé qu'il faisait l'objet d'une enquête de la part d'un procureur en Sicile pour abus de pouvoir, enlèvement et arrestation illégale.

"Faire l'objet d'une enquête pour avoir défendu les droits des Italiens est une honte", a déclaré le ministre qui s'exprimait lors d'un rassemblement de ses partisans à Pinzolo, dans le nord de l'Italie.

SOLIDARITÉ

Auparavant, l'Onu avait accusé les Européens de prendre en otage les réfugiés après l'échec de la réunion de vendredi.

"Des personnes effrayées qui pourraient avoir besoin d'une protection internationale ne devraient pas être prises dans le tourbillon de la politique", a estimé dans un communiqué le Haut-commissariat des Nations unies pour les réfugiés.

Le HCR a appelé les Européens à s'entendre "en urgence" sur une relocalisation des migrants, comme il s'y étaient engagés lors d'un sommet en juin, et le gouvernement italien à autoriser "le débarquement immédiat de ceux qui sont à bord".

Rome avait refusé de céder, malgré les critiques de l'opposition et des organisations de défense des droits de l'homme. Le gouvernement avait été jusqu'à menacer de ne pas verser sa contribution au budget de l'UE si 10 pays réunis vendredi à Bruxelles ne s'entendaient pas pour les accueillir. La réunion s'était terminée sans aucun accord.

Le seul soutien de l'UE est venu samedi soir de l'Irlande, qui, par la voix de son ministre des Affaires étrangères Simon Coveney, a offert de prendre en charge 20 à 25 migrants. "La solidarité européenne est importante", a souligné le chef de la diplomatie irlandaise.

Auparavant, l'Albanie, qui n'appartient pas à l'UE, avait proposé samedi de prendre en charge 20 migrants. Le ministère italien des Affaires étrangères a dit "apprécier ce geste de grande solidarité et d'amitié".

Avant le dénouement annoncé samedi soir, 13 migrants - sept femmes et six hommes - avaient reçu l'ordre de quitter le bateau après un bilan médical effectué samedi à la mi-journée.

FAIRE DEMI-TOUR

Ils l'ont finalement quitté un à un en fin d'après-midi, touchant terre pour la première fois depuis leur départ de la Libye il y a dix jours. Ils ont été conduits en ambulance à l'hôpital Garibaldi de Catane.

Les médias italiens ont rapporté qu'il y avait parmi eux trois cas suspects de tuberculose et deux cas possibles de pneumonie. Les services médicaux sur place n'ont pas confirmé.

Les 137 migrants restant sur le bateau ont débarqué aux premières heures de dimanche pour être acheminés vers un centre d'accueil à Messine en Sicile. De là, ils seront répartis dans divers diocèses de l'Église catholique ou partiront pour l'Irlande et l'Albanie.

Plus de 650.000 personnes ont atteint les côtes italiennes depuis 2014. Même si leur nombre a fortement baissé au cours de l'année écoulée, le gouvernement italien a annoncé qu'il ne laisserait plus de navires de sauvetage accoster si la charge des migrants n'était pas partagée avec les autres pays de l'UE.

"Le prochain navire peut faire demi-tour et revenir d'où il vient car notre limite a été atteinte", a déclaré Matteo Salvini.

Environ 200 manifestants se sont rassemblés samedi dans le port de Catane pour réclamer que les migrants soient autorisés à débarquer. Il y a eu ensuite des heurts avec la police.

Le M5S a jusqu'à présent soutenu la ligne dure de Matteo Salvini. Son ministre des Transports, Danilo Toninelli, responsable des ports du pays, a renouvelé samedi les attaques du gouvernement contre l'UE.

"Personne ne peut donner des leçons à l'Italie sur ses efforts humanitaires", a-t-il déclaré. "Le gouvernement demande seulement à l’UE de donner un sens à sa propre existence."

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