Nathalie Mistral: mes quinze ans de combats chez les guérilleros des Farc

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La guérilla colombienne et le gouvernement ont officiellement signé l'accord de paix ce 26 septembre, mettant fin à plus d'un demi-siècle de guerre. Depuis quinze ans, Audrey, une Française originaire de Montpellier, combat dans les rangs des Forces armées révolutionnaires de Colombie. La guérilla a révélé récemment son existence. Nous l'avons rencontrée dans les forêts du Nord-Ouest colombien et elle détaille les raisons de cet engagement.

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Colombie, région du Choco, de notre envoyée spéciale.- Dans sa vie antérieure, elle s’appelait Audrey. Chez les Farc, elle est Nathalie Mistral. Elle a choisi son pseudo de guérillera par nostalgie pour le vent du sud de la France. Et aussi pour Gabriela Mistral, la poétesse chilienne. Il peut sembler déplacé, ce pseudo romantique, pour prendre part à l’une des guerres les plus meurtrières de l’hémisphère nord. 

Blonde, souriante, pantalon de treillis et bottes en caoutchouc, elle nous attend au bord d’une rivière, dans un campement de la région du Choco. Elle a un peu perdu son français, après ces quinze années passées dans les montagnes colombiennes. Nathalie Mistral, 43 ans, cherche ses mots mais a l’air sûre d’elle, et de son choix de vie. « Mes convictions ont toujours été communistes, dit-elle. Et donc la vision que j'avais des Farc correspondait un peu plus à la réalité que celle que peuvent avoir le commun des gens qui seulement accèdent à l'information par les médias. »

Audrey, dite Nathalie Mistral, depuis quinze ans chez les Farc. © Federico Rios Audrey, dite Nathalie Mistral, depuis quinze ans chez les Farc. © Federico Rios

À Montpellier, Audrey pratiquait la moto et la plongée sous-marine. Elle était éducatrice spécialisée, travaillait auprès des SDF. « Quand on fait ce genre de métier, il arrive un moment où l'on peut se demander pour qui on travaille. Pour aider les gens ? Ou pour aider l'État à faire du contrôle social ? » Elle qui ne voulait pas être « le gentil flic » cherche « un moyen de changer les choses de manière un peu plus radicale ». Elle a 27 ans et se tourne alors vers l’Amérique du Sud, terre du Che et de la révolution encore possible.

C’est le tournant des années 2000. Les guérillas latino-américaines sont en voie d’extinction, dissoutes dans le capitalisme triomphant et les alternances politiques qui se dessinent dans ces pays. Mais il reste les zapatistes au Mexique, qu’elle trouve trop modérés. Et les Farc, anachroniques comme l'est le système politique colombien. C'est un pouvoir aux structures archaïques, aux mains de l’une des classes dirigeantes les plus réactionnaires du continent, un pouvoir complice de l’assassinat de milliers de syndicalistes et de militants de gauche. En face, les Farc survivent en une guérilla marxiste comme on n’en fait plus. Avec T-shirts du Che Guevara, kalachnikovs, et un discours implacable, les Farc n’hésitent pas à employer les méthodes de l’ennemi : assassinats, enlèvements, extorsion.

colombie

À l’époque où Audrey s’intéresse aux Farc, les rebelles colombiens sont une armée de plus de 20 000 combattants, plus autant de miliciens clandestins, qui ne portent pas l’uniforme mais œuvrent pour « l’organisation » dans les villes et les villages. Sortis renforcés de l’échec des négociations avec Andrès Pastrana, président de la Colombie de 1998 et 2002, ils sont aux portes de Bogota. Leurs chefs imaginent déjà suspendre leur hamac entre les colonnes du Parlement. De larges pans du pays sont sous leur contrôle.

En même temps, en instaurant l’« impôt révolutionnaire », au départ exigé aux plus riches, puis en commençant à enlever contre rançon tout Colombien suspecté d’avoir un début de richesse, les Farc se sont mis à dos la population urbaine et une écrasante majorité des Colombiens.

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