Tunisie: le premier ministre démissionne

Mohammed Ghannouchi a démissionné ce dimanche. Hammami Ayachi, responsable de la section de Tunis de la Ligue des droits de l'homme, se réjouit de ce départ mais explique, dans un entretien à Mediapart, redouter la réaction de l'armée.

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Le premier ministre tunisien Mohammed Ghannouchi a annoncé sa démission ce dimanche 27 février, lors d'une conférence de presse. Auparavant, il avait contacté plusieurs membres de la société civile tunisienne pour leur annoncer son retrait. De nouvelles violences ont éclaté dimanche en début d'après-midi dans le centre de Tunis, où des jeunes se livraient à des saccages en règle au lendemain d'affrontements ayant fait cinq morts, samedi à Tunis.

Vendredi, plus de 100.000 personnes s'étaient rassemblées à la Casbah, à Tunis, pour réclamer la démission du gouvernement. Hammami Ayachi, avocat et secrétaire général de la section de Tunis de la Ligue des droits de l'homme, était parmi les manifestants. S'il se réjouit du départ de Ghannouchi, il craint néanmoins la réaction de l'armée. Entretien.

Hammami Ayachi, cette démission du premier ministre Ghannouchi est pour vous une victoire des Tunisiens sur l'ancien régime...

C'est une victoire du mouvement révolutionnaire. Je suis donc très heureux. Ghannouchi a été pendant 23 ans un homme de Ben Ali, il a été son premier ministre pendant 12 ans. C'est un symbole. Son départ apaise tout le monde. Maintenant, tout est une question de volonté politique. J'attends que le président par intérim nomme une personnalité de la société civile, et la charge de former un nouveau gouvernement provisoire, pour passer de la période Ben Ali à une Tunisie libre et démocratique. Ce gouvernement sera en charge de préparer, dans le calme, les prochaines élections, et la future assemblée constituante.

Votre crainte, c'est que l'armée ne laisse pas faire.

Aujourd'hui, le danger que l'armée prenne le pouvoir est réel. Je n'ai pas d'indice que c'est ce qui est en train de se produire, mais c'est un scénario crédible, qui serait terrible pour nous. On sait qu'en Tunisie, il y a des personnalités qui poussent aujourd'hui l'armée à prendre le pouvoir. Des hommes d'affaires et des gens de l'ancien régime travaillent pour faire croire que, depuis le départ de Ben Ali, c'est la pagaille, et qu'il faut donc que l'armée reprenne les choses en main.

Ce que je crains, c'est que les militaires estiment que les politiques ont échoué depuis plus d'un mois qu'ils sont là, et qu'il est temps de prendre les choses en main. Mais je sais aussi que parmi les militaires, il y a des individus qui ne sont pas d'accord avec cela, et qui veulent laisser le pouvoir aux civils. J'espère que le général Rachid Ammar va laisser le temps aux politiques de former un nouveau gouvernement.

Comment expliquez-vous la réapparition massive, ces trois derniers jours, d'émeutiers pro-Ben Ali ?

Nous savons très bien qui ils sont maintenant, c'est très clair. Hier à Kasserine, une voiture a été arrêtée, avec 100.000 dinars à l'intérieur. Deux personnes distribuaient de l'argent aux jeunes pour leur demander de casser et d'incendier ce qui leur tombait sous la main. Parmi les jeunes qui sont en ce moment (dimanche) sur l'avenue Bourguiba, il y en a qui sont là parce qu'ils sont payés.

Cet argent vient notamment des caisses noires des anciennes sections du RCD. J'espère maintenant qu'avec la démission du gouvernement, le contexte général va s'apaiser. Les jeunes qui défileront après cela seront plus facilement identifiables et donc contrôlables.

Pierre Puchot

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