Brexit: la peur de la contagion s'étend en Europe

Par

Les incertitudes nées du Brexit ont de nouveau créé de fortes turbulences sur des marchés financiers, lundi 27 juin. La livre chute, les places financières dévissent. Plus inquiétant : la contagion gagne maintenant l’Europe. Les banques italiennes sont sous le feu de la spéculation. La crise de la zone euro pourrait se raviver.  

Cet article est en accès libre. L’information nous protège ! Je m’abonne

Trois jours seulement auront suffi pour effacer leurs divergences fondamentales. À quelques heures d’intervalle, le ministre britannique des finances George Osborne, partisan du Remain, et l’ancien maire de Londres devenu un des chefs de file du Leave, Boris Johnson, se retrouvent exactement sur la même ligne. Pour l’un comme pour l’autre, il est urgent de ne pas se presser pour engager des négociations avec l’Europe sur la sortie du Royaume-Uni. En attendant, les marchés financiers ne doivent pas s’affoler.

Dans une tribune publiée par The Telegraph, Boris Johnson a assuré que les remous créés par le vote britannique le 24 juin seraient vite oubliés. « Chez nous et à l’étranger, les conséquences négatives ont été largement surestimées, alors que les bénéfices ont été ignorés », dit-il, avant de promettre une stabilisation rapide des marchés financiers et de la livre. 

 © Reuters © Reuters

Peu de temps avant l’ouverture des marchés, lundi 27 juin, George Osborne a tenu les mêmes propos rassurants. Alors qu’il avait prédit pendant la campagne un effondrement de l’économie britannique en cas de victoire du Leave, le ministre des finances assure maintenant que la situation britannique est maîtrisée. Pour lui, rien de comparable à la crise de 2008 : l’économie est solide, les finances publiques sont assainies, et les banques en bien meilleure santé qu’au moment de la crise financière. Avant d’ajouter : « Le trésor, la banque d’Angleterre et l’autorité des marchés financiers ont passé des mois à mettre en place des plans solides d’urgence », afin d’éviter tout contrecoup préjudiciable à l’économie.

L’effet anesthésiant de ce message destiné en priorité aux investisseurs et aux financiers a duré… à peine dix minutes. La chute de la livre, qui s’était momentanément calmée, a repris de plus belle : après avoir perdu plus de 8 % face au dollar vendredi, elle s’est dépréciée à nouveau de 4 % par rapport à la monnaie américaine, tombant à 1,31 dollar.  

Évolution de la livre face au dollar Évolution de la livre face au dollar

Les répliques du séisme provoqué par le Brexit ont été encore plus fortes sur le marché boursier. Après avoir ouvert en baisse de 14 %, les actions de la Barclay’s et de la Royal Bank of Scotland ont dû être momentanément suspendues, en raison d’ordres vendeurs trop importants. À la clôture, après avoir été dégradée par les agences de notation dans la journée, Barclay’s avait perdu 17 %, et la Royal Bank of Scotland 26 % retrouvait son plus bas niveau depuis l’effondrement de 2009.

Dans la journée, la compagnie aérienne Easyjet a vu sa capitalisation boursière fondre de près d’un cinquième, après avoir averti que ses résultats risquaient de tomber de près de 5 % au second semestre, en raison des incertitudes créées par le Brexit. Des groupes de BTP, d’immobilier, ou de distribution ont enregistré des chutes de 10 à 15 % au cours de la séance.

Déjà, des économistes font des calculs. Alors que l’économie britannique donnait quelques signes d’essouflement, avant même le référendum, ils estiment désormais qu’un ralentissement est inévitable. Une majorité table sur une croissance autour de 1 %. Goldman Sachs est encore plus pessimiste, et annonce une croissance de 0,2 % au lieu de 2 % avant le vote. « Nous ne sommes pas très à l’aise pour faire une prédiction sur l’impact du Brexit sur le PIB […] Selon toute vraisemblance, la croissance du PIB va baisser, en raison des incertitudes », écrit le cabinet Axiom, dans une note publiée lundi sur les conséquences du Brexit.

Faute de savoir comment va s’écrire l’avenir avec l’Europe, toutes les décisions vont être suspendues, préviennent les économistes. Ils prévoient une diminution des investissements, des embauches, une chute sur le marché de l’emploi. Mais les incertitudes pourraient aussi dissuader les Britanniques d’acheter, de consommer, de partir en vacances.

Dans la plupart de leurs études, une mention spéciale est consacrée à la City. Toutes les banques installées à Londres, qui jusqu’alors était la principale place pour les transactions en euros, se demandent si elles vont pouvoir continuer leurs activités. D’autant que des responsables de la Banque centrale européenne ont commencé à les avertir qu’elles n’auraient peut-être plus les mêmes licences et autorisations à l’avenir. Par prudence, des banques américaines, comme Citi ou Morgan Stanley, ont déjà annoncé leur intention de déplacer certains départements dans d’autres filiales allemandes ou françaises. D’autres se demandent si elles pourront rester, et quelle proportion d’emplois elles pourront garder. « 100 000 emplois sont en jeu », s’inquiète ainsi le Financial Times.

Jusqu’à présent, le gouvernement britannique, démissionnaire, ne semble pas pressé de dissiper le brouillard. Bénéficiant du soutien explicite d’Angela Merkel qui souhaite temporiser, il s’en tient à son calendrier : rien ne se passera avant la nomination d’un nouveau premier ministre à l’automne. Une position partagée par Boris Johnson. Lors de sa conférence de presse, le ministre des finances George Osborne a été encore plus explicite : « Le Royaume-Uni ne devrait engager l’article 50 [du traité de Lisbonne qui autorise un pays à quitter l’Union européenne – ndlr] que lorsque les termes du départ seront éclaircis. »

Pas de mobilisation sans confiance
Pas de confiance sans vérité
Soutenez-nous