Trump annonce la mort d’Abou Bakr al-Baghdadi, tué «comme un chien»

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Dans une allocution martiale, le président américain a révélé dimanche que le chef de l’organisation djihadiste État islamique avait trouvé la mort au cours d’une opération de l’armée américaine dans le nord-ouest de la Syrie.

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« Quelque chose d’énorme vient de se passer ! », s'était félicité Donald Trump dans la nuit de samedi à dimanche, dans un tweet énigmatique. Ce dimanche, le président américain a annoncé, lors d’une conférence de presse, qu’Abou Bakr al-Baghdadi, le chef et fondateur de l’État islamique (EI), était mort dans une opération américaine menée dans dans la région d’Idlib (nord-ouest de la Syrie) et « commencée il y a deux semaines ».

Dans une allocution violente, au ton martial et aux propos crus, il s’est félicité que « le pire terroriste au monde » ait été tué « de manière violente », « comme un chien », et il a salué un « succès retentissant »« Nous avons bénéficié d’une forte coopération », a-t-il dit en remerciant « la Russie, la Turquie, la Syrie, l’Irak et les forces kurdes » pour leur aide. 

Il a affirmé que la mort d’al-Baghdadi était confirmée par le test ADN effectué sur place, après avoir récupéré « des parties de son corps »

Donald Trump a expliqué que les troupes américaines ont « dû essuyer de nombreux tirs sur le chemin » puis ont « traqué » al-Baghdadi, retranché avec trois de ses enfants dans un tunnel « sans issue », qui se serait effondré après le déclenchement de son gilet chargé d'explosifs. Selon le chef d'État américain, les trois enfants sont également morts, ainsi que deux de ses épouses, qui portaient elles aussi des ceintures explosives (non activées). Un « grand nombre » de combattants de l'El sont morts, a-t-il ajouté, en expliquant que le chiffre exact serait connu dans les 24 heures. En revanche, « onze jeunes enfants ont été sauvés », a précisé le locataire de la Maison Blanche.

« Il est mort de manière violente. Nous avons été impitoyables », a-t-il déclaré, en rappelant les « meurtres haineux » de l'El et son niveau de violence inouï. « Le voyou qui a tellement voulu intimider les autres a passé ses derniers moments dans une véritable peur, en totale panique et dans l’effroi, terrifié par les forces américaines qui fondaient sur lui », a-t-il détaillé. « Il est mort comme un chien, comme un lâche, il criait, il pleurait. C’est quelque chose qui doit être su. Il n’est pas mort en héros » ; « Il était fou de terreur », « son corps a été mutilé par l’explosion ». « C’était un homme malade et dépravé, un homme qui est aujourd’hui disparu. Un vicieux », a-t-il insisté.

« Depuis quelques semaines nous avions de nouvelles informations, nous savions qu’il allait se rendre dans un nouveau lieu. Deux ou trois opérations ont été annulées car il avait changé de lieu », a relaté le président américain, parlant d'une mission menée dans le plus grand secret, avec « très peu de personnes prévenues », car « Washington, c’est une vraie passoire »

Le commandement militaire irakien a annoncé avoir fourni aux Américains la position du chef de l’EI. « Une section spécialisée a travaillé pendant un an » et « le renseignement national a pu (...) localiser le repaire » de Baghdadi, indique un communiqué. Une source au sein du renseignement irakien a affirmé à l’AFP que ce service avait pu le localiser grâce à l’appel téléphonique de l’une de ses épouses, qui se trouvait avec lui. Un second responsable irakien a ajouté que le renseignement irakien avait également exploité des informations obtenues auprès de deux femmes en détention dans le pays, l’une des épouses du chef djihadiste et la femme d'un de ses très proches collaborateurs.

Donald Trump a affirmé que « de nombreuses informations et renseignements, liés à Daech, leurs prochains projets » avaient été récupérés lors de cette mission.

Donald Trump annonce la mort d'Abou Bakr al-Baghdadi. © France 24

Le président américain a détaillé son suivi de la mission depuis la cellule de crise : « C’était incroyable à regarder. L’exécution était parfaite, on avait l’impression de voir un film, la technologie était très impressionnante. » Il a transformé cette annonce en opération de communication : « Notre chien a été blessé mais aucun soldat n’a été blessé [côté américain – ndlr]. » « Il n’y a pas meilleur combattant que les combattants américains », a-t-il fanfaronné.

Il s'est vanté d'avoir réussi la priorité de son mandat. « Lorsque j’ai pris le pouvoir j’ai dit : “Où est al-Baghdadi ?” Nous avons tué d’autres terroristes, c’était des noms que je ne connaissais pas, et j’ai toujours demandé : “Où est al-Baghdadi ?” Et il y a quelques semaines nous avons eu des informations », a-t-il relaté. « Grâce à moi, nous avons oblitéré son califat à 100 % dans le courant de cette année. »

Surnommé « le fantôme », ou encore le « calife du désert », le chef autoproclamé de l'État islamique est responsable de multiples attentats sanglants à travers le monde. De son vrai nom Ibrahim Awad Ibrahim Ali al-Badri, alias Abou Du’a pendant ses premières années de rébellion, il apparaissait ces dernières années plus comme un homme traqué que comme un chef de guerre (lire l'analyse de Jean-Pierre Perrin).

Il a été donné pour mort à de nombreuses reprises auparavant, sans que son décès n'ait été confirmé par les autorités. Sa tête était mise à prix jusqu’à 25 millions de dollars par le département d’État américain. 

Il s'agit de la plus importante opération militaire américaine visant un haut responsable djihadiste depuis la mort, le 2 mai 2011, d’Oussama Ben Laden, le chef d’Al-Qaïda tué par les forces spéciales américaines, à Abbottabad, au Pakistan.

Cette opération américaine intervient dans une période d’intense activité militaire dans le nord de la Syrie, où les forces turques ont lancé début octobre une vaste offensive contre les forces kurdes. Celles-ci, qui détiennent quelques 12 000 djihadistes, s’attendent à des représailles. « Les cellules dormantes vont venger Baghdadi. Donc on s'attend à tout, y compris des attaques contre les prisons » gérées par les forces kurdes, a indiqué à l’Agence France-Presse Mazloum Abdi, commandant des Forces démocratiques syriennes.

« La mort de Baghdadi est un moment important dans notre combat contre la terreur mais la bataille contre le fléau de Daech n'est pas encore terminée », a prévenu le premier ministre britannique Boris Johnson. « Nous travaillerons avec nos partenaires de la coalition pour mettre un terme aux activités meurtrières, barbares de Daech une bonne fois pour toutes. » 

« La mort d'al-Baghdadi est un coup dur porté contre Daech, mais ce n'est qu'une étape. Le combat continue avec nos partenaires de la coalition internationale pour que l'organisation terroriste soit définitivement défaite. C'est notre priorité au Levant », a réagi Emmanuel Macron sur son compte Twitter.

Par la voix du porte parole du ministère russe de la défense, Moscou a déclaré de son côté ne pas avoir « d'informations fiables » sur une « énième mort » d’Abou Bakr al-Baghdadi, faisant état de « détails contradictoires » qui soulèvent « des doutes (...) sur la réalité et le succès de l'opération américaine ».

Proclamé en 2014 par Abou Bakr al-Baghdadi sur de vastes territoires en Irak et en Syrie, le « califat » avait été déclaré éradiqué le 23 mars, mais le chaos sécuritaire de la région faisait craindre une résurgence de l’organisation. Selon un rapport du Pentagone, l’EI était en train de « ressurgir en Syrie ». Des combattants djihadistes et des « cellules dormantes » sont encore disséminés dans plusieurs régions (sur l'État islamique, lire les enquêtes de Matthieu Suc ici, et ).

En septembre, Baghdadi avait diffusé un message audio de trente minutes dans lequel il appelait ses partisans à secourir les djihadistes détenus dans les prisons et leurs familles vivant dans des camps de déplacés, notamment en Syrie et en Irak.

Le 29 avril, il avait donné signe de vie à travers la diffusion d'une vidéo de propagande de 18 minutes, non datée. Il s'agissait de sa première apparition présumée depuis sa proclamation du « califat », le 29 juin 2014, dans une mosquée de Mossoul, dans le nord de l'Irak. Il y annonçait « une longue bataille » contre l’Occident, désignait la France comme ennemi principal, et promettait que son organisation « vengerait » la mort des djihadistes tués de l’EI.

Le chef de l'État islamique Abou Bakr al-Baghdadi, dans une vidéo diffusée en avril 2019. Le chef de l'État islamique Abou Bakr al-Baghdadi, dans une vidéo diffusée en avril 2019.

Jusqu’à sa réapparition au printemps dernier, personne ne savait s’il était mort ou vivant – le dernier message qui lui a été attribué était un enregistrement audio diffusé en août 2018.

Dimanche matin, l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH) avait confirmé à l'AFP que des tirs d'hélicoptères dans le nord-ouest de la Syrie avaient visé des djihadistes proches de l’État islamique dans la province d’Idlib, faisant neuf morts.

« Les tirs visaient une maison et une voiture aux abords du village de Baricha où se trouvaient des groupes proches de l’EI », avait indiqué à l'AFP le directeur de l'OSDH, Rami Abdel Rahmane. Il précisait que l'attaque avait été « probablement » menée par des hélicoptères de la coalition internationale anti-djihadistes mise sur pied par Washington ces dernières années pour lutter contre l’EI en Irak et en Syrie.

« Les avions volaient à une altitude très basse, provoquant une grande panique parmi les gens », avait indiqué Ahmed al-Hassaoui, un déplacé installé dans un des camps informels près de Baricha. « L’opération a duré au moins jusqu’à 3 h 30 du matin », avait-il précisé.

Sans confirmer nommément la mort de Baghdadi, les forces kurdes avaient fait état de leur côté dimanche matin, dans un communiqué, d’une opération « historique », résultat d’une coopération « conjointe de renseignements » avec les États-Unis. La Turquie avait aussi affirmé avoir été en « coordination » avec Washington avant le déroulement de l’opération.

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