Mark Danner: «Avec Trump, nous explorons les nouveaux territoires de la politique»

Par

Pour Mediapart, le journaliste et écrivain américain Mark Danner pose son regard sur ce qu’il décrit comme une « fascinante et inquiétante » campagne présidentielle, marquée par la percée de Donald Trump, « un démagogue et un populiste comme le pays n’en avait jamais connu ». 

Cet article est en accès libre. Découvrez notre offre spéciale ! S'abonner

New York, de notre correspondante.-  Mark Danner, journaliste et écrivain américain, est professeur de journalisme et d’anglais à l’université de Berkeley, en Californie. Il vient de publier son quatrième ouvrage sur la guerre contre le terrorisme depuis les attentats du 11 septembre 2001, Spiral – Trapped in a forever war (Spirale – Piégés dans une guerre sans fin). Il est également l’auteur d’une longue analyse du phénomène Trump parue dans la revue New York Revue of Books. Elle s’intitule The Magic of Donald Trump (La magie de Donald Trump) et le ton est donné dès l’épigraphe : « Comme Hercule, Donald Trump est une œuvre de fiction ». Il s'agit là d'une citation extraite de la lettre écrite par l’ancienne directrice de communication de Donald Trump pour expliquer sa démission.

Pour Mediapart, Mark Danner pose donc son regard sur ce qu’il décrit comme une « fascinante et inquiétante » campagne présidentielle marquée par la percée de Donald Trump, « un démagogue et un populiste comme le pays n’en avait jamais connu ».

L’attaque d’Orlando a été à la fois un crime homophobe, une tuerie de masse et un nouvel acte terroriste perpétré par un sympathisant de l’État islamique. Cet événement va-t-il peser durablement sur la campagne présidentielle ? 

 © Droits réservés © Droits réservés
Mark Danner : Le débat sur le terrorisme est actuellement politisé à l’extrême. C’est cohérent avec le type de campagne présidentielle à laquelle nous assistons, rythmée par les controverses. Le fait que ce soit l’attaque la plus meurtrière sur le sol américain depuis les attaques du 11 septembre 2001 n’arrange rien.

Donald Trump donne le ton depuis le début de sa campagne en se posant en homme fort, persuadé que seules des réponses musclées permettront d’en sortir. Après Orlando, il s’en est de nouveau pris aux musulmans, à qui il veut interdire l’entrée aux États-Unis, et il a ajouté qu’il voulait suspendre l’immigration « depuis les régions du monde qui sont, historiquement, une source de terrorisme contre les États-Unis, l’Europe ou nos alliés », sans spécifier lesquelles. Plus généralement, nous sommes donc face à des hommes politiques qui récupèrent l’événement avant même que l’enquête ne soit terminée et qu’on dispose d’informations précises sur les motivations du tireur.

Au cœur du discours de Donald Trump, il y a aussi la critique de Barack Obama, qu’il présente constamment comme un « homme faible ».

Tous les républicains ont tendance à présenter les attaques terroristes réussies comme autant de preuves de la faiblesse de l’exécutif. Donald Trump va encore plus loin, il accuse Barack Obama de ne pas prendre le risque terroriste au sérieux et de ne rien faire. Il insinue même que Barack Obama serait peut-être de mèche avec les terroristes de l’État islamique. Il a répété à plusieurs reprises : « Soit Barack Obama ne comprend rien à ce qui se passe, soit il y a autre chose. » Un « autre chose » qui laisse planer le doute sur les intentions du président, qui laisse entendre qu’il pourrait être leur allié. C’est stupéfiant d’entendre un homme politique de ce niveau faire ce genre d’accusations à peine voilées. C’est du jamais-vu. Nous sommes clairement en train d’explorer de nouveaux territoires politiques.

Entendons-nous bien, Donald Trump nous a habitués à ce type de rhétorique. Il faut se souvenir qu’il fut l’un des meneurs du mouvement des « birthers » (la théorie du complot nativiste autour de la nationalité de Barack Obama), propageant la rumeur selon laquelle Barack Obama ne serait pas né aux États-Unis, qu’il serait donc un étranger, sa candidature illégitime… Qu’il y aurait finalement quelque chose de louche chez Barack Obama. Simplement, sa rhétorique revêt une importance nouvelle étant donné le rôle qu’il occupe désormais au sein du parti républicain.

En ne s’embarrassant pas avec les faits, avec la vérité, Donald Trump n’en vient-il pas à occulter les débats de fond sur la guerre contre le terrorisme ? Car celle-ci se poursuit bel et bien.

En effet, prenons la guerre contre l’organisation de l’État islamique que mène actuellement le gouvernement Obama : celle-ci n’a pas été entérinée par le Congrès. Le président a demandé au Congrès l’autorisation d’utiliser la force, mais celui-ci a refusé de voter. C’est donc de fait une guerre illégale. Mais plus personne ne semble avoir envie d’en discuter ! C’est une situation étrange et assez exceptionnelle aux États-Unis. 

Prolongez la lecture de Mediapart Accès illimité au Journal contribution libre au Club Profitez de notre offre spéciale