Les Egyptiens boudent des élections verrouillées par Sissi

Alors que des élections législatives se tiennent en deux phases en Égypte, presque sans opposition, la popularité du maréchal commence à faiblir. Cependant, le pouvoir continue de jouer sur la rhétorique de la peur et la crainte de l'instabilité.

Nadia Blétry

29 octobre 2015 à 07h14

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De notre correspondante au Caire (Égypte).- À Imbaba, un quartier populaire du Caire, des hommes d’une cinquantaine d’années jouent au backgammon à la terrasse d’un café. Quand on leur demande s’ils se sentent concernés par les élections législatives qui se tiennent en ce moment en Égypte (élections en deux phases qui se déroulent du 17 octobre au 2 décembre), les visages se crispent. L’un des joueurs tente une réponse avant que son adversaire ne se mette à hurler : « Pourquoi tu mens ? Pourquoi tu racontes que tu vas voter alors que ces élections sont une farce ? » L’homme en colère, portant sur le front la callosité qui marque son assiduité à la prière, invective les personnes présentes. « La dernière fois que j’ai voté, c’était en 2012, pour les Frères musulmans. Pour élire Mohamed Morsi président de la République. Il a été élu démocratiquement et renversé par l’armée. Depuis, je considère que la légitimité des urnes n’a plus de sens dans ce pays. En Égypte, on nous a privés de politique », crie ce sympathisant de la confrérie des Frères musulmans, une organisation décrétée terroriste en décembre 2013. Et il ne croit pas si bien dire. Derrière lui, un homme attablé au café téléphone à voix basse. Ce citoyen ordinaire organise la censure pour veiller à ce que la parole politique ne circule pas : il alerte le commissariat voisin et demande à la police d’intervenir pour mettre un terme au débat. Parler politique, y compris dans un café, est devenu une atteinte à un pouvoir qui ne souffre aucune contradiction. 

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