Les frères Kouachi ont fait l’objet, entre 2011 et 2014, de quinze mois d’écoutes et quatre mois de surveillance physique (pour Saïd Kouachi) et deux ans de surveillance téléphonique (pour Chérif, son cadet). En vain. Amedy Coulibaly, condamné dans une affaire de terrorisme en 2013, n'était plus dans les radars des services après sa sortie de prison.
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L’histoire de cette branche d’Al-Qaïda basée au Yémen, dont se revendiquent les frères Kouachi, témoigne en elle-même des évolutions du djihadisme mondialisé, à la pointe des technologies de communication en ligne comme des techniques de combat.
Dans les prochains jours, l'exécutif devra répondre à des questions très lourdes, alors que les services spécialisés évaluent à 1 200 environ le nombre de « djihadistes potentiels » en France. « Quand il y a 17 morts, c'est qu'il y a eu des failles », a admis le premier ministre.
Al-Qaïda s'était construit en Afghanistan. Depuis 2003 et l'invasion américaine, le conflit irakien a formé une nouvelle génération de djihadistes et l'organisation de l’État islamique a pu s'imposer. Depuis plusieurs années, les deux auteurs présumés de l'attentat contre Charlie Hebdo ont été proches de ces nouveaux acteurs d'un djihad mondialisé.
Les deux suspects dans l'attentat contre Charlie Hebdo étaient toujours recherchés vendredi matin, après une nuit de traque dans la campagne et la forêt d'une large zone à 80 km au nord de Paris, entre l'Oise et l'Aisne. Selon des renseignements américains, l'un des deux frères Kouachi s'est entraîné au maniement des armes au Yémen en 2011. Ils étaient tous deux sur la liste des terroristes identifiés par les États-Unis.
L’apparente impuissance de l’État central yéménite à réguler la violence d’Al-Qaïda dans la péninsule Arabique (AQPA), comme la volonté de l’organisation de créer une base territoriale à l’instar de ce qui se passe en Irak et en Syrie, jettent une lumière crue sur la dynamique djihadiste au Proche-Orient.
Pour le journaliste Jeremy Scahill, les États-Unis de Bush, comme ceux d’Obama, mènent dans de nombreux pays musulmans une guerre comparable à celle qu’ils ont menée autrefois en Amérique latine. Mais avec de nouvelles armes qui en modifient la nature : drones, commandos secrets, listes de cibles à abattre approuvées à la Maison Blanche…
Les frappes téléguidées des drones présentent une grande marge d'erreur, car l'armée américaine ne s'assure pas de l'identité du détenteur du téléphone mobile géolocalisé par la NSA.
À côté de la Tunisie, et malgré la violence récurrente et les menaces séparatistes, le processus politique en cours au Yémen se poursuit tant bien que mal, et même avec une certaine réussite.