La peur du dimanche soir

Par Norbert Czarny (En attendant Nadeau)

Le mot « roman » n’apparaît pas en couverture de Souvenirs dormants, de Patrick Modiano, qui paraît cet automne, en même temps qu'une pièce de théâtre, Nos débuts dans la vie. Et c'est heureux. Le terme de « rêveries » conviendrait mieux, tant ces pages égarent, donnent à flâner, et incitent à se perdre.

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Tout commence et se termine avec un livre. Le premier est celui qui attire l’attention du narrateur et s’intitule Le Temps des rencontres. Dans un premier chapitre, on retrouve, orchestrés, les motifs du romancier : la peur du vide, souvent née le dimanche soir quand il fallait retourner à l’internat, les rencontres dangereuses, l’envie de fuguer ou de fuir les importuns, souvent insistants. L’attente aussi. Ici, le narrateur fait le guet devant un immeuble de la rue Spontini qu’habite « la fille de Stioppa », un grand ami du père, dont le nom apparaît dans Les Boulevards de ceinture et revient fréquemment. Le narrateur espère des « explications » sur ce père, cet « inconnu » qui marche en silence à ses côtés dans le bois de Boulogne. La fille de Stioppa ne répond pas davantage à ses appels qu’elle n’est sortie de l’immeuble. Les souvenirs dormants reviennent, au gré des saisons, des promenades solitaires, des objets que l’on croyait perdus et qui ressurgissent.