Les intermittents craignent une «déflagration» sociale

Emmanuel Macron a lancé plusieurs pistes pour répondre à l’inquiétude de dizaines de milliers d’intermittents qui doivent renouveler leurs droits chaque année. En avril, nous avions fait le point sur la situation du secteur dans l’émission « À l’air libre ». 

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«A l'air libre» du 10 avril, à propos des intermittents du spectacle. © Mediapart
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Mercredi 6 mai, Emmanuel Macron a dévoilé un certain nombre de pistes pour répondre à l’urgence sociale dans le milieu culturel. Le pouvoir était interpellé depuis plusieurs semaines sur le sort du spectacle en particulier, dans la mesure où les représentations, concerts et tournages sont encore loin de pouvoir reprendre. Les salariés vivant de l’intermittence, un dispositif très réglementé visant à compenser une activité discontinue, s’inquiètent logiquement pour la reconduction de leurs droits.

En 2018, selon les statistiques de Pôle emploi, 127 300 personnes avaient été indemnisées au titre des annexes 8 et 10 de l’assurance-chômage. En comptant « tous les autres salariés intermittents qui effectuent au moins un contrat de travail dans le champ du spectacle », le nombre de personnes concernées s’élevait même à 274 000

D’où le succès de pétitions alertant les pouvoirs publics. La plus partagée est celle du Collectif année noire 2020, qui a recueilli près de 200 000 signatures à la date du 7 mai. Elle s’est croisée avec la lettre ouverte au président de la République lancée par le metteur en scène Jean-Claude Fall, signée par près de 60 000 personnes. Par ailleurs, une tribune signée par des dizaines de personnalités, dont Catherine Deneuve et Omar Sy, demande la prolongation des droits des intermittents d’un an au-delà des mois où toute activité aura été impossible. Dans la presse et sur les réseaux sociaux, les témoignages se sont multipliés, comme celui d’Adèle Esposito sur son blog Mediapart.

La seule mesure annoncée en mars par les ministres de la culture et du travail, consistant à « neutraliser » les effets de la seule période de confinement, était loin de couvrir toutes les pertes d’activité déjà programmées. Le 6 mai, au cours d’une visioconférence où il est apparu en bras de chemise, très volubile, le président de la République a souhaité qu’« artistes et techniciens intermittents soient prolongés jusqu’à fin août 2021 ». Des soutiens financiers aux festivals et tournages annulés ont également été annoncés. 

Le détail des mesures sera crucial. Samuel Churin, qui s’exprimait dans notre émission « À l’air libre » au mois d’avril (voir ci-dessous), a réagi auprès des Inrockuptibles en soulignant que la mise en musique par le ministère du Travail pourrait créer une douche froide. « Je ne sais pas comment va être organisée cette fameuse prolongation. Je ne crierai pas victoire trop vite puisque l’ensemble des syndicats, l’ensemble des pétitions, l’ensemble des demandes étaient pour une fois u-na-ni-mes. Quand on disait “année blanche”, c’était renouvellement de toutes les dates anniversaires pendant toute la saison après la possibilité de reprise du travail. C’est clair. C’est pas quelque chose qui s’arrête en août 2021. Pour le moment, je suis réellement incapable de vous dire [que Macron] a accordé ça. »

Le 10 avril, nous avons reçu trois invités concernés au premier chef par les annulations en cascade des événements culturels depuis le mois de mars : Samuel Churin, comédien et figure de la défense des droits pour les intermittents ; Solène Cotten, monteuse vidéo ; Vincent Carry, directeur d’Art Farty et du festival Nuits sonores. Entre récits personnels et propositions de sauvetage, leur parole fait écho à l’angoisse d’une « déflagration » sociale touchant les intermittents du spectacle, et plus largement tous les intermittents de l’emploi. 

> Retrouvez ici tous les numéros de l’émission « À l’air libre ». 


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