Peut-on être marxiste et écolo?

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La controverse est toujours vive sur ce que Marx et les marxistes peuvent apporter à l’écologie politique. Razmig Keucheyan et Fabrice Flipo en débattent en vidéo pour Mediapart.

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L’attachement au productivisme est un procès récurrent fait à Marx et au marxisme. En réaction, plusieurs auteurs ont défendu qu'une préoccupation pour la nature est bien présente dans son œuvre, et qu'il serait tout à fait possible de s'en inspirer pour définir une écologie anticapitaliste.

Loin d'en rester à une simple fascination pour les « forces productives », Marx aurait compris qu'elles ne bouleversent pas seulement les rapports entre les hommes, mais également le rapport entre ceux-ci et leur environnement. Selon Pierre Charbonnier, « le procès de travail, qui constitue l’élément moteur des processus économiques, est compris [par Marx] comme une simple médiation dans un système plus vaste d’échanges physiques qui lui impose des limites, et dont il reste fatalement solidaire »

Dans le débat vidéo organisé par Mediapart, le sociologue Razmig Keucheyan reprend cet argument. Il ajoute que pour comprendre quelque chose à la crise environnementale contemporaine, il est nécessaire de disposer d'une théorie du capitalisme. À ce titre, Marx s'imposerait comme un auteur incontournable. Le marxisme, insiste Keucheyan, « doit être compris comme un corpus vivant », dans lequel les marxistes puisent librement pour affronter les problèmes de leur temps. 

Face à lui, le philosophe Fabrice Flipo reste dubitatif. Sans nier l'apport de Marx dans la critique du capitalisme, il ne pense pas que la question écologique ait jamais représenté un enjeu significatif pour lui. Les éléments d'une conscience écologique ne seraient que « périphériques » dans l'œuvre du penseur allemand. Le recours à celle-ci resterait utile du point de vue des travailleurs salariés, mais n'aurait pas la même pertinence sur beaucoup d'autres enjeux, dont ceux qui concernent le climat. 

La discussion s'échauffe un peu lorsque Flipo évoque le bilan écologique désastreux des États se réclamant du marxisme. « Autant de lecteurs n'ont pas pu tous se tromper », assène-t-il, en relevant qu'en 150 ans, cette théorie n'avait jamais mené à des sociétés libres et écologiques. De son côté, Keucheyan fait valoir que des marxistes dissidents ont justement payé un lourd tribut sous les régimes dits socialistes. 

Il préfère insister sur l'existence, depuis les années 1970, d'un courant marxiste écologique ayant échangé avec des auteurs appartenant à d'autres traditions critiques. Un tel courant illustrerait le fait que « le marxisme a toujours été bon dans les moments où il est entré en dialogue avec des auteurs extérieurs à lui-même ».

© Mediapart

Cette émission est également disponible en module audio (à retrouver ici).

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