Mobilités étudiantes: entre formation des élites et flux migratoires

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Le plan « Bienvenue en France » entend augmenter les frais d’inscription pour les étudiants extra-européens : tel serait le prix de l’attractivité. Élargissons le débat, avec les universitaires Étienne Gérard, Lama Kabbanji et Guillaume Tronchet.

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Cette émission est également disponible en mode audio (podcast pour les franglaisants) : cliquer ici.

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Mercredi 13 février, l’EHESS (École des hautes études en sciences sociales) se mobilise contre la hausse des frais d’inscription pour les étudiants extracommunautaires inscrite dans le plan « Bienvenue en France ».

Présenté par le premier ministre au mois de novembre dernier, ce projet prévoit de profondes modifications des conditions d’études en France pour les étudiants internationaux. La République française se fixe un double objectif : accueillir un demi-million d’étudiants étrangers à l’horizon 2027 (on en compte actuellement 324 000) et favoriser le départ à l’étranger de davantage d’étudiants, dans le cadre des échanges universitaires ou d’une mobilité diplômante. Si les jeunes Français plébiscitent le programme Erasmus (plus de 40 000 sont partis en échange en 2015), ils partent moins étudier à l’étranger que leurs voisins.

Les recettes de « Bienvenue en France » ? Entre autres, donc, augmenter les frais de scolarité pour les étudiants « extra-européens », qui devraient dès la rentrée prochaine payer 2 770 euros au lieu de 170 euros pour s’inscrire en licence, et 3 770 euros pour une formation en master ou en doctorat – contre 243 euros et 380 euros actuellement. Matignon trouve « absurde » et « injuste » qu’un étudiant extra-européen « fortuné paie les mêmes droits d’inscription qu’un étudiant français peu fortuné dont les parents résident, travaillent et paient des impôts en France depuis des années ».

Ce qui a fait écrire à Hicham Jamid, sociologue au Cnam, dans un article de The Conversation : « Cette déclaration vient confirmer, encore une fois, l’ambiguïté de la politique française à l’égard des étudiants étrangers. Une politique qui oscille entre un désir d’attractivité, puisé dans une vision libérale marquée par l’ère de la marchandisation des systèmes d’enseignement supérieur, et une obsession de contrôle affirmée par une politique migratoire restrictive, sélective, prospérant dans une logique bureaucratique sécuritaire. »

Pour rebondir sur cette question des mobilités étudiantes, Mediapart et son partenaire depuis bientôt dix ans, le CHS (lire la Boîte noire et consulter l’onglet Prolonger), ont organisé une table ronde avec trois universitaires : le sociologue Étienne Gérard (directeur de recherches au Ceped – Centre population et développement), la démographe Lama Kabbanji (chargée de recherches au Ceped) et l’historien Guillaume Tronchet (conseiller auprès du directeur de l’ENS-Ulm). La vidéo ci-dessus se propose de faire le tour de la question en esquissant une géopolitique des mobilités étudiantes et en insistant sur les enjeux les plus saillants d’un tel sujet.

Voici l’économie générale de cette discussion :

  • 3 min 30 : Peut-on parler de démocratisation et de rééquilibrage Nord-Sud ?
  • 7 min 30 : Rappel des populations concernées (une classe moyenne supérieure en voie de globalisation conjuguant capital scolaire, économique et culturel).
  • 9 min 30 : Motivations et freins des mobilités étudiantes.
  • 12 min : Migrations choisies ou subies, tant est tortueux le chemin qui va de la formation à l’emploi ?
  • 17 min : Les stratégies multiples, voire kaléidoscopiques présidant au choix de partir étudier à l’étranger.
  • 20 min : L’exemple d’Erasmus (EuRopean Action Scheme for the Mobility of University Students).
  • 24 min : Quid des cultures nationales et des cultures d’établissement ?
  • 25 min 50 : La question de l’augmentation des frais d’inscription.
  • 29 min : Universalisme républicain, modèle colonialiste, compétition internationale et perception par le Sud…
  • 37 min 30 s : Ce qu’induit l’imposition de logiques extérieures au monde universitaire.

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À consulter, sous l’onglet Prolonger, les précédentes séances organisées avec le Centre d’histoire sociale des mondes contemporains (CHS).

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Depuis avril 2010, en partenariat avec le Centre d’histoire sociale du XXe siècle – devenu en 2019 Centre d'histoire sociale des mondes contemporains : Paris I-CNRS (CHS), Mediapart rebondit sur une question d’actualité en l’approfondissant grâce à des experts, généralement universitaires. 

Françoise Blum est la cheville intellectuelle de ce projet. Les séances se tenaient jusqu’en 2014 dans la bibliothèque Jean-Maitron du CHS, rue Malher à Paris (IVe). En 2015, nous avons migré dans le studio aménagé par Mediapart en ses locaux.

En 2018, nous avons décidé de nommer cette série « Présence du passé », en hommage à l’émission éponyme coproduite à la télévision française, de 1964 à 1968, par Jean Chérasse, qui tient blog à Mediapart sous le pseudonyme de Vingtras.