Salon du livre : l'hébreu moderne dans tous ses états

Avec Israël comme invité d'honneur du salon du livre, l'occasion est donnée de découvrir le dynamisme de l'hébreu qui, de la Bible à l'argot, de l'arabe au français, s'avère pluriel, poreux et accueillant. Une langue sacrément bien pendue, alors qu'on la crut longtemps morte.Lire aussi l'article sur la polémique du salon du livre

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L’hébreu moderne n’a rien d’une langue hiératique, officielle, sûre d’elle-même et dominatrice. C’est un caméléon, qui restitue le réel et l’imaginaire en un éventail faramineux, que reflètent la quarantaine d’auteurs invités au Salon du livre. L’hébreu transbahute le sacré l’air de rien. Jean-Luc Allouche rappelle que « match nul », lors d’une partie de football, se dit « Teïkou », initiales d’une expression signifiant « le messie viendra et résoudra cette controverse », ce que tout le monde ignore sur place. De même qu’une facture se dit « kabbala », rappelle Michel Valensi, qui pointe un texte de 1926 de Gershom Scholem (1897-1982), qui craignait un retour de flamme : « Ce pays est pareil à un volcan où bouillonnerait le langage. »

L’hébreu est en perpétuelle évolution, si bien qu’un passant de 40 ans aura parfois du mal à saisir les propos d’un locuteur adolescent. Cette langue se montre accueillante « au delà de la mesure », estime Michel Valensi, dont le fils de treize ans avait fourgué moults gallicismes à ses condisciples, qui ne se saluaient plus qu’avec un « à toute [à l’heure] » prononcé avec l’accent hébreu. « Yala bye », dit une grande partie d’Israël, mâtinant l’arabe d’anglais. L’hébreu est une « langue grosse de beaucoup de papas », plaisante Jean-Luc Allouche, soulignant les différentes strates historiques et géographiques qui en feraient l’équivalent d’un latin où se superposeraient les apports de l’Église, de Rabelais et du rap…

L’arabe, langue sœur par excellence (« de par la même structure fondée sur des racines de trois consonnes et un système semblable de désinences », résume Jean-Luc Allouche), féconde l’hébreu et lui emprunte. Faut-il y voir un espoir de coudoiements pacifiques ? « Pour le moment, tempère Elias Sanbar, les mots hébreux arabisés portent avant tout sur des pratiques répressives et sur les injures, mais cet espoir n’est pas infondé… »

Antoine Perraud

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