De la misogynie au féminicide

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Les historiennes Anne-Emmanuelle Demartini et Françoise Thébaud analysent ce que mobilise et induit la haine des femmes : du discours venimeux au crime crapuleux, du préjugé au passage à l'acte. Radiographie de la violence de genre…

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Une « littérature » d'hommes perdus pour l'intelligence – ils éprouvent une peur panique ou une fureur effrénée face aux femmes ayant desserré l'étau du patriarcat – se donne libre cours, des vaticinations du folliculaire français Éric Zemmour aux imprécations venues de la sous-culture incel (involuntary celibate : les célibataires malgré eux).

De la sottise à la scélératesse, du préjugé au passage à l'acte, de la misogynie au féminicide, il n'y a parfois qu'un pas. En avril 2018, à Toronto, un étudiant de 25 ans, Alek Minassian, fonçait dans la foule au volant d'une camionnette et assassinait dix personnes. Sur sa page Facebook, il s'était livré à une apologie d'Elliot Rodger, auteur d'une tuerie particulière en mai 2014 : cet étudiant de 22 ans avait poignardé à mort trois personnes puis tué trois autres par balles, avant de se suicider à l'issue de son équipée meurtrière, à Isla Vista, près du campus de l'université de Californie de Santa Barbara (UCSB). Dans une vidéo tournée avant l'attaque, il affirmait vouloir prendre sa « revanche sur l'humanité » et surtout sur les femmes, dont il se prétendait dupe et victime.

Avec les historiennes Anne-Emmanuelle Demartini et Françoise Thébaud, nous avons voulu revenir, à la lumière du passé, à la fois sur le discours phallocrate apeuré ou vindicatif et sur la folie furieuse menant au meurtre. La défiance, la crainte, la terreur, l'attraction-répulsion, la haine et l'horreur des femmes provoquent sexisme, discrimination, harcèlement. Et peuvent conduire aux pires violences (dont les mutilations sexuelles et les crimes d'honneur), qu'il n'est pas inutile de passer en revue, d'analyser, de cerner.


Cette émission est également disponible en mode audio (« podcast » pour les franglaisants) : cliquer ici.

Économie générale des échanges dans la vidéo ci-dessus :

2 min 30 s : Au XIXe siècle, apparition des statistiques et de la grande presse, qui rendent publiques des violences (conjugales, sexuelles, criminelles…).

4 min 30 s : Irruption de l’inceste dans l’espace public en 1986 avec le témoignage d’Éva Thomas aux « Dossiers de l’écran ».

6 min : À propos d'un certain refus de la cause des femmes au sein de la gauche française…

10 min : Retour sur le crime d’Alek Minassian à Toronto en avril 2018 et sur la rébellion des incel (célibataires involontaires), dont la figure de proue est Elliot Rodger, tueur d’étudiantes à Isla Vista (Californie) en août 2014.

13 min : De la haine des femmes prétendument dominatrices et de la hantise du féminisme (cf. Éric Zemmour).

15 min 30 s : La Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (ONU, 1979).

17 min : L’exemple de Marguerite Thibert (1886-1982), dont la soutenance de thèse en Sorbonne suscita un remous machiste symptomatique en 1926.

21 min 30 s : Comment les réels changements dans les rapports de genre au XXe siècle ont abouti à des retours de flamme isolés et violents.

23 min 30 s : Des préjugés au passage à l’acte féminicide, à partir du cas de Pierre-François Lacenaire (1825).

25 min 30 s : Examen critique de la catégorie du « tueur de femmes ».

28 min 30 s : Retour sur le cas du tueur Henri Vidal (1901).

32 min 30 s : La question des mutilations sexuelles et des crimes d’honneur.

38 min 30 s : Critique d'une victimisation absolue des femmes au regard des violences conjugales et de la violence de genre…

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À consulter, sous l’onglet Prolonger, les précédentes séances organisées avec le Centre d’histoire sociale du XXe siècle (CHS).

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Depuis avril 2010, Mediapart, en partenariat avec le CHS (Centre d’histoire sociale du XXe siècle : Paris I-CNRS), rebondit sur une question d’actualité en l’approfondissant grâce à des experts, généralement universitaires. 

Françoise Blum est la cheville intellectuelle de ce projet. Les séances se tenaient jusqu’en 2014 dans la bibliothèque Jean-Maitron du CHS, rue Malher, à Paris (IVe). En 2015, nous avons migré dans le studio aménagé par Mediapart en ses locaux.

En 2018, nous avons décidé de nommer cette série « Présence du passé », en hommage à l’émission éponyme coproduite à la télévision française, de 1964 à 1968, par Jean Chérasse, qui tient blog à Mediapart sous le pseudonyme de Vingtras.