« Leçons de nu » : pectoraux, politique et littérature du risque

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Dans une auto-fiction retorse, Walter Siti, universitaire renommé, met en scène Walter Siti, universitaire obscur, homosexuel obsédé par les corps bodybuildés. Mise à nu des désirs, de l’amour, des carrières et d’une société déliquescente qui fit scandale lors de sa parution. Extrait en fin d’article.

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Jusqu’en 1994, année de la publication de son premier roman, ce Leçons de nu qui paraît en France, Walter Siti était un respectable professeur d’université, un essayiste et critique réputé, et l’éditeur des œuvres complètes de Pier Paolo Pasolini dans l’équivalent italien de La Pléiade. Du jour au lendemain, début de ce qu’il nomme « sa seconde vie », le monsieur aux airs de Raminagrobis devint objet de scandale avec cette auto-fiction piégée où il usait, avec une belle avance, du procédé utilisé par Houellebecq dans La Carte et le territoire : Walter Siti est le personnage central du livre de Walter Siti. Mais à travers l’existence de ce prof pisan des années 1980-1990, c’est un portrait corrosif d’une Italie au bord du berlusconisme qu’il dresse, en un violent clair-obscur.
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Neuf romans plus tard  – Résister ne sert à rien, autour de la domination absolue de l’argent, vient de paraître en Italie –, on s’accorde à reconnaître en lui l’un des écrivains majeurs du pays. Le miracle, avec Siti, c’est qu’il rejoint la littérature en ayant l’air de la quitter, l’émotion en la sabordant avec constance et que s’il ne recule pas devant les scènes chocs, c’est toujours au service d’un propos véritable.

 Mieux vaut renoncer à démêler, dans la vie du Walter Siti imprimé, le réel du fictif, ce n’est qu’une arme narrative. Siti indique seulement que bien souvent, ce qui paraît le plus « vrai » aux lecteurs est précisément ce qu’il invente (et tout juste concède-t-il, non sans prudence, que le presque viol d'un bébé, dans Leçons de nu, relevait de l'imaginaire)…

Ecrire dans l’une de ces démocraties qui « annulent n’importe quel sujet par le bruit », où « la transgression se noie dans le spectacle », où la littérature n’est plus « qu’amélioration du tourisme » ? «  La fiction et la réalité ne se distinguent plus, nivelant en un flux unique l’événement. (...) Nous nous hâtons de nous approprier les éléments qui nous séduisent et nous consolent, avant de passer à d’autres. Ça vaut pour la littérature comme ça vaut pour le réel. » Contre le flux unique, Walter Siti a opté pour l’« homéopathie », soit le mal par le mal à faible dose.

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