Notes à l'encre Blac (2)

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Dimanche 17 mai, sur la terrasse de la Quinzaine des réalisateurs à Cannes, le Collectif national de l'action culturelle cinématographique et audiovisuelle (Blac) a rendu publics les actes des Etats généraux qui se sont tenus au Centquatre à Paris les 8 et 9 janvier. Seconde série de notes de travail, qui étend la réflexion à un autre périmètre: celui des discours, extrêmement variés mais solidaires, que suscite un film.

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Ce fut la prise de parole la plus marquante des états généraux. La retranscription dans les Actes en a édulcoré le ton, sans doute, mais le contenu demeure: rude. Solveig Anspach, réalisatrice (Haut les cœurs, entre autres), raconte le temps passé à voyager de villes en villages pour présenter ses films, la longueur des trajets en seconde classe (i.e. sans prise pour brancher l'ordinateur portable), le coût de la baby-sitter, les hôtels avec vue sur la gare et les nuits d'insomnie parmi le sifflement des trains, les salles éparses, les débats mous, les dîners au milieu d'inconnus, l'ennui, la gêne... Conclusion : «Nous n'en parlons pas assez. Et le problème principal est que pendant ce temps nous ne pouvons pas travailler.»

 

Rude. Mais reconnaissons-le : un discours aussi embarrassé qu'embarrassant. Car elle a raison, nous n'en parlons pas assez. Nous savons mal que l'action culturelle est menacée, et nous savons tout aussi mal combien elle s'est élargie, développée, combien nécessaire et exigeante elle est devenue. Et dans quelles conditions de fragilité elle est devenue telle. Des réalisateurs évoquent six mois de tournée dans les salles et les festivals. A Paris, en province, à l'étranger. Le chiffre de 120 débats pour un film est même avancé !

 

L'un des lièvres que lève Anspach concerne la qualification de ce temps : travail ? promotion ? autre chose encore ? Pour l'instant, l'usage veut que les réalisateurs soient défrayés, mais non rémunérés pour les rencontres et les débats. Il se murmure qu'un des motifs à cela est l'idée reçue selon laquelle ils portent avec eux leur film : en parler leur serait naturel. Résultat : seuls les critiques sont rémunérés pour leur venue en salle. Et s'il arrive quand même aux réalisateurs de l'être, le type de rémunération leur permet rarement l'essentiel : accumuler les cachets suffisants pour garder le statut d'intermittent.

 

 

 

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