Nathalie Sarraute, la tournée américaine

Par Tiphaine Samoyault (En attendant Nadeau)

En 1964, Nathalie Sarraute est invitée pour deux mois aux États-Unis. Les lettres qu’elle écrit à son mari témoignent d’une joie constante, presque enfantine, à découvrir ce pays, à y être reçue et célébrée.

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Dans la dernière lettre qu’elle adresse à son mari avant qu’il ne la rejoigne à New York pour la fin du séjour, Nathalie Sarraute s’indigne du reproche qu’il lui a adressé dans une lettre précédente d’être devenue « un brin mégalomane ». Il est vrai que ses lettres à elle insistent beaucoup sur le traitement princier qu’on lui réserve partout. Elle est accueillie merveilleusement par des hôtes de marque, qui sont en pâmoison devant son œuvre ; elle va de grands restaurants en réceptions magnifiques, d’hôtels de luxe en résidences confortables ; elle gagne de l’argent à chaque fois qu’elle s’exprime ; on l’admire, on le lui dit et elle aime ça. Mais il y a une telle candeur dans ses récits (« tout le monde m’adore »), un tel plaisir enfantin, une telle joie primesautière qu’on ne saurait y voir ni prétention ni gonflement de soi.