Comment décoloniser l’écologie?

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Il ne peut y avoir d’écologie sans destruction de la domination coloniale, plaide le philosophe Malcom Ferdinand. L’anthropologue Eduardo Viveiros de Castro ouvre la voie d’un « devenir-Indien » de la politique. Nouvel épisode de « Points de rupture », émission sur les livres de l’écologie, en partenariat avec la revue Terrestres.

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Mardi 26 novembre, la commission d’enquête parlementaire sur l’utilisation aux Antilles du chlordécone, un pesticide dangereux longtemps utilisé dans la culture de la banane, a présenté les conclusions de son travail. Pour la députée de Guadeloupe, Justine Benin, rapporteure de la commission : « L’État est le premier responsable », et « ces responsabilités sont partagées avec les acteurs économiques » de l’époque, a-t-elle déclaré à l’AFP.

Selon Santé Publique France, 95 % des Guadeloupéens et 92 % des Martiniquais sont aujourd’hui contaminés par le produit, un perturbateur endocrinien qui a aussi des incidences sur le développement des enfants exposés pendant la grossesse, avec une hausse des risques de prématurité. Le chlordécone est aussi suspecté d’être à l'origine de cancers de la prostate, très nombreux aux Antilles. Interdit en France continentale en 1990, ce pesticide a été autorisé aux Antilles jusqu’en 1993.

Ce scandale sanitaire, pourtant massif, a occupé une place marginale dans les mobilisations écologistes de la France continentale. Est-ce parce qu’ils concernent l’outre-mer ? Cette indifférence est-elle la marque d’une culture coloniale qui ne s’avoue pas ?

Mais alors comment décoloniser l’écologie, dans ses discours et ses mobilisations ? Cette question est au cœur d’un livre important : Une écologie décoloniale. Penser l’écologie depuis le monde caribéen, publié cet automne par le philosophe Malcom Ferdinand. Il y invite à relier les enjeux écologiques aux questions coloniales pour ne pas protéger les écosystèmes sans défendre la dignité de celles et ceux qui y vivent, à commencer par les descendants de l’esclavage.

C’est la question que nous avons choisi de discuter pour ce nouvel épisode de « Points de rupture », l’émission de Mediapart et de la revue Terrestres consacrée aux basculements intellectuels, politiques et sensibles nécessaires pour contrer les destructions en cours du climat et du vivant. Il porte chaque fois sur l’écologie à travers les livres.

Participent à cette nouvelle discussion deux membres de Terrestres : Sophie Gosselin, philosophe et Xavier Ricard, haut fonctionnaire.

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Ecouter l'émission en podcast audio

Les références des livres de cette émission:

– Malcom Ferdinand, Une écologie décoloniale, Le Seuil, 467p., 24,5 euros

- Eduardo Viveiros de Castro, Politique des multiplicités. Pierre Clastres face à l’État, Editions Dehors, 160 p., 15 euros.

Sophie Gosselin enseigne la philosophie à l’Université de Tours. Elle a publié plusieurs articles dans la revue Multitudes et la revue Lignes. Elle publie en novembre Le Toucher du monde, techniques du naturer, co-écrit avec David Gé Bartoli (éditions Dehors).

Xavier Ricard Lanata est aujourd'hui haut fonctionnaire. Spécialiste de solidarité internationale, il a publié La Tropicalisation du monde, PUF, 117 p., 12 euros. Il est aussi l'auteur des Voleurs d’ombre. L’univers religieux des bergers de l’Ausangate (Société d’éthnologie, 2011).

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