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La dépendance aux drogues à l’âge libéral

La répression des toxicomanies au nom de l’ordre et de la santé publique contredit les principes libéraux de liberté individuelle et d’accroissement de l’offre ; elle se voit à son tour contredite par les conséquences psychiques, physiques et criminelles de la clandestinité qu’elle implique. Il convient donc de réapprécier les risques et les responsabilités.

La rédaction de Mediapart

30 septembre 2014 à 09h04

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 « En s’inspirant des conceptions neuropsychiatriques actuelles, on peut considérer la dépendance aux consommations psychoactives comme un trait habituel de l’existence humaine qui résulte d’une motivation naturelle à obtenir régulièrement des plaisirs et des récompenses. Cette motivation est associée au fonctionnement normal du circuit dopaminergique de la récompense dans le cerveau que les humains partagent avec d’autres animaux.

Les montées psychoactives ne sont donc pas réservées aux personnes réputées « dépendantes » au sens fort : alcooliques ou toxicomanes, mais paraissent au contraire nécessaires à n’importe quel sujet qui se contente de vouloir user des biens de la vie, sous forme de produits qu’il absorbe, comme le vin, le chocolat, les gâteaux, le café ou les tranquillisants, ou de pratiques qui l’absorbent, comme le travail, les jeux, l’amour, le sexe, le sport, la religion ou les achats...

Il existe du reste un sens encore plus large de la dépendance, celui d’une dépendance fondamentale à autrui en tant que pourvoyeur de la plupart des biens, qui peut inclure les incapacités pratiques liées à la vieillesse ou au handicap, les dépendances sociales des sujets dominés et, plus généralement, les interactions sociales qui exposent en permanence les sujets aux petits shoots de plaisir ou de déplaisir associés aux actes civils ou incivils d’autrui.

Le constat de cette banalité ne doit pas brouiller la perception des niveaux de confort ou de gravité des dépendances, dont certaines sont plutôt heureuses et d’autres au contraire critiques et même catastrophiques. Il permet néanmoins de comprendre le risque de privation inhérent à n’importe quelle sorte de consommation psychoactive, et souligne la communauté essentielle de tous les êtres humains avec ceux qui sont sévèrement accros et ne méritent pas l’opprobre dont ils sont l’objet.

Compte tenu de cette banalité anthropologique des dépendances, il serait difficile d’en imputer la responsabilité à l’âge libéral que traverse aujourd’hui l’histoire humaine. En revanche, le libéralisme sous sa forme économique (extension des marchés et ouverture des frontières) et surtout politique (avec en particulier les principes de non-nuisance à autrui et à la société comme seule limite à la liberté individuelle) a facilité le développement de toutes sortes d’addictions en élargissant le marché des substances et pratiques addictives, et en stimulant la recherche individuelle des plaisirs inoffensifs.

Or, le paradoxe est que l’affinité spontanée entre le goût naturel des plaisirs et l’accroissement capitaliste de l’offre a fait l’objet d’une sorte de déni de la part des autorités politiques qui, depuis des décennies, n’ont cessé de restreindre le principe de liberté individuelle au nom d’une exigence d’ordre et de santé publique, elle-même contredite par les conséquences de l’usage clandestin des produits interdits : surdoses, transmission de maladies, abus de faiblesse et criminalité. C’est ce paradoxe que ce petit article se propose d’éclairer. »

La suite à lire sur le site de la Vie des Idées

La rédaction de Mediapart


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