Le FMI de DSK soutient la réforme des retraites

Dans son dernier rapport sur l'économie française, le FMI valide les grandes lignes de la rigueur prônée par le gouvernement. Au passage, l'institution de Dominique Strauss-Kahn défend sans détour la réforme des retraites d'Eric Woerth. Qu'en dit le PS? «Sur les retraites, cela aura des conséquences politiques assez lourdes», assure le socialiste Michel Sapin.

La lecture des articles est réservée aux abonné·es. Se connecter

Les services de Christine Lagarde n'ont pas traîné pour réagir, vendredi 30 juillet, à la publication du rapport du Fonds monétaire international (FMI): cette évaluation de l'économie française «souligne la pertinence de la politique budgétaire» conduite par le gouvernement, claironne le communiqué. Le porte-parole de l'UMP Frédéric Lefebvre a même cru discerner un «hommage» au gouvernement, et un «camouflet» pour la gauche, dans ce document d'une soixantaine de pages.
C'est que l'occasion est trop belle: le FMI de Dominique Strauss-Kahn y accorde un satisfecit à la politique de rigueur annoncée jusqu'en 2013. Il se félicite ainsi du fait que «les mesures déjà annoncées sur les recettes et les dépenses sont de grande envergure». Mieux: l'institution appelle de ses vœux des «initiatives plus poussées» et soutient, sans détour, la «grande et difficile» réforme des retraites menée par le ministre du travail Eric Woerth. Supervisé par un possible adversaire à Nicolas Sarkozy pour l'élection présidentielle de 2012, ce rapport «de mission» a de quoi déstabiliser le camp socialiste.
Joints par Mediapart, des élus PS refusent toutefois la lecture triomphaliste qu'en donne le gouvernement. «Le FMI insiste surtout sur les risques baissiers qui menacent la croissance en France», avance Michel Sapin, secrétaire national du PS à l'économie. «La principale leçon de ce rapport, c'est que le plan d'austérité mis en place en France va casser la croissance, et l'emploi», poursuit Pierre-Alain Muet. Le député du Rhône fait allusion aux prévisions du Fonds jusqu'en 2013, assez sévères pour la France, en tout cas très en deçà des scénarios défendus par Christine Lagarde.
Paris continue de parier sur une progression de 2,5% du Produit intérieur brut (PIB) par an, de 2011 à 2013. Un scénario volontairement «ambitieux», qui devrait être révisé à la baisse dès la rentrée. Le FMI, lui, est nettement plus pessimiste, et table sur des hausses de 1,4% cette année, puis de 1,6% l'an prochain, et de 1,8% en 2012. «Les mêmes mécanismes qui ont permis à l'économie française de mieux résister que d'autres à la récession, c'est-à-dire de solides stabilisateurs automatiques, une protection sociale conséquente, et certaines rigidités sur les marchés du travail et de la production, devraient également ralentir le rythme de la reprise», explique le Fonds.
Sur le marché de l'emploi, pas de quoi pavoiser: «le chômage devrait rester élevé», touchant en particulier les plus jeunes. Le FMI table sur un taux de chômage à 10% cette année et à 10,1% en 2011.
Conséquence de cette reprise plus «molle» et «fragile» que prévu, les rentrées fiscales devraient s'établir, elles aussi, en deçà des prévisions de Bercy, et donc compliquer la lutte contre les déficits. Le FMI anticipe un déficit public à 6,1% du PIB fin 2011, contre 6% promis par le gouvernement, mais surtout à 3,9% fin 2013, contre 3% annoncé. En clair: le FMI valide implicitement la politique d'économies annoncées pour 2011 (les 8,5 à 10 milliards d'euros d'économies sur les niches fiscales et sociales), mais juge encore trop timide la rigueur promise pour les années suivantes. D'où la nécessité d'«initiatives plus poussées» pour rentrer dans les clous de Maastricht (les 3% du PIB), mais aussi les démonstrations de joie, côté Bercy, à la publication du rapport.

1€ pour 15 jours

Résiliable en ligne à tout moment

Je m’abonne

L’info part de là

Soutenez un journal 100% indépendant : sans subventions, sans publicités, sans actionnaires

Tirez votre information d’une source de confiance

Accédez en exclusivité aux révélations d’un journal d’investigation

Déjà abonné ?

Mot de passe oublié

À ne pas manquer

Iran : un pays en révolte
Viols, tortures et disparitions forcées : en Iran, dans le labyrinthe de la répression
Pour les familles, l’incarcération ou la disparition d’un proche signifie souvent le début d’une longue recherche pour savoir qui le détient et son lieu de détention. Le célèbre rappeur Toomaj, dont on était sans nouvelles, risque d’être condamné à mort.
par Jean-Pierre Perrin
Violences sexistes et numérique : ça ne streame pas rond — Enquête
Le youtubeur Léo Grasset visé par une enquête préliminaire pour viol
Selon nos informations, une étudiante a déposé plainte à Paris. Elle accuse de « viol » le célèbre vulgarisateur scientifique et youtubeur, déjà visé par une enquête préliminaire pour « harcèlement sexuel ». De nouveaux témoignages font état de « problèmes de respect du consentement », mais également d’« emprise ».
par Sophie Boutboul et Lénaïg Bredoux
À Saint-Étienne, le maire, la sextape et le chantage politique — Chronique
Affaire Perdriau : et à la fin, c’est la liberté d’informer qui l’emporte
Le tribunal judiciaire de Paris a décidé de mettre fin, mercredi 30 novembre, à douze jours d’une censure inédite visant Mediapart. La justice estime que l’avocat du maire de Saint-Etienne lui avait caché des informations essentielles. Mediapart publie l’intégralité de la décision.
par Fabrice Arfi
À Saint-Étienne, le maire, la sextape et le chantage politique — Enquête
À Saint-Étienne, le maire et le poison de la calomnie
Dans une enquête que Gaël Perdriau a tenté de faire censurer, Mediapart révèle que le maire de Saint-Étienne a lancé une rumeur criminelle, dont il reconnaît aujourd’hui qu’il s’agit d’une pure calomnie, contre le président de région Laurent Wauquiez. À l’hôtel de ville, des anciens collaborateurs décrivent un quotidien empoisonné par la rumeur, utilisée comme un instrument politique.
par Antton Rouget