Les précaires de l'université veulent sortir de l'«invisibilité»

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Dans le cadre de la lutte contre la loi sur le travail, les précaires de l'enseignement supérieur et de la recherche veulent faire entendre leur voix pour dénoncer leurs conditions matérielles difficiles et obtenir des créations de postes.

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Ils en ont assez d’être les « travailleurs invisibles de l’université ». Des doctorants, post-doctorants et non-titulaires de l’enseignement supérieur et de la recherche se mobilisent pour dénoncer leur condition de chercheurs précaires, dans le cadre de la contestation plus large contre la loi sur le travail, née depuis près de deux mois. Ils ont commencé, racontent-ils, à appuyer le combat des étudiants dans les universités, puis se sont dits qu'ils pouvaient adjoindre, à la somme des mécontentements, leurs propres luttes et besoins, même s'ils ne sont pas directement touchés par le contenu du projet de loi. 

Le jeudi 28 avril, ils ont battu le pavé aux côtés des salariés, syndicats, lycéens et étudiants, derrière la banderole de leur collectif, encore à l’état embryonnaire. La veille, une soixantaine d’entre eux s’était réunie, durant près de trois heures, dans le foyer du petit auditorium de la Bibliothèque nationale de France (BNF) pour tracer les lignes d’une action concrète, comme par exemple se constituer en véritable collectif national. D’autres sont nés dans le passé, puis se sont doucement éteints faute d’avancées concrètes ou parce que leurs membres ont été gagnés par la lassitude.

Assis par terre en cercle, les participants demandent au reste de la salle de faire moins de bruit si possible. L’absence de micro et l’acoustique rendent la communication compliquée, mais chacun est invité à parler le plus fort possible. 

Les différents participants relaient les problèmes et les actions prévues au niveau de leurs établissements respectifs, et réfléchissent à rejoindre d’autres corps de métier en lutte, dans un souci de « convergence », comme les intermittents du spectacle par exemple.
Une doctorante de Toulouse II rapporte le « mépris » dont elle et ses camarades ont fait l’objet lorsqu’ils ont, au cours d’un rendez-vous avec la présidence de l’université, exposé les manques de moyens auxquels ils font face. « C’est comme si on causait la faillite de l’université avec nos revendications », soupire-t-elle.

La tonalité globale des échanges révèle une forte inquiétude chez ces chercheurs qui ont aligné huit ou dix années d’études, engrangé et produit du savoir, et qui doivent se débattre pour voir clair dans leur avenir souvent incertain, avant la très enviée titularisation. En attendant, ils doivent composer avec les missions courtes, soigner leur réseau, publier des articles dans des revues, bref continuer à faire de la recherche. La fragilité de leur statut les rend forcément vulnérables et les empêche de se mobiliser à visage découvert, voire de porter plainte, par crainte des représailles et des répercussions sur leur carrière. Dans l’univers feutré de la recherche, il n’est pas de bon ton de passer pour un rebelle.

Dans la somme des urgences répertoriées : gagner l’exonération des frais d’inscription pour les vacataires employés par l’université, obtenir un statut, plus défini que celui de vacataire, afin de pouvoir bénéficier des droits sociaux attachés au CDD par exemple. Ces chercheurs rapportent que les vacataires représentent plus d’un quart des effectifs dans certains établissements d’enseignement supérieur. Des vacataires payés six mois voire un an après la fin de leur mission, dénoncent-ils. Ils aimeraient décrocher la mensualisation de leur rémunération et tous appellent à la création de postes pérennes supplémentaires. 

Mais difficile pour eux de trouver des moyens d’action qui satisferont tout le monde. Une femme de l’assemblée propose par exemple que tous écrivent à leur responsable administratif, afin de réclamer d’être payés pour les cours qu’ils ont dispensés. L'idée étant de recenser ces mails sur un site pour dénoncer et « visibiliser » les justifications, souvent ubuesques, reçues. Un jeune homme s’oppose à cette méthode au motif que ça pourrait l’exposer, au vu du rapport de force qui lui est défavorable. Il invite à penser à des « actions non pénalisantes individuellement ».

Une femme propose pour sa part d’organiser une rétention des notes pour effrayer les titulaires. La possibilité de se greffer au mouvement Nuit debout est aussi envisagée, via un stand sur la place de la République, toujours dans cette idée de mettre la lumière sur leur combat naissant. Un autre propose de s’inspirer de l’action des YouTubeurs qui se sont fédérés autour du mot d’ordre, devenu viral, #onvautmieuxqueça.

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