Une politique d’austérité avec l’ISF pour cache-sexe

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Jean-Marc Ayrault propose une politique économique d'austérité presque inchangée, en contrepartie d'une remise en cause des cadeaux les plus scandaleux faits par Nicolas Sarkozy aux plus riches. Tournant le dos à une politique de relance, il a aussi oublié que les socialistes avaient promis une « révolution fiscale ».

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Ce n’est pas vraiment une politique économique nouvelle que Jean-Marc Ayrault a présentée lors de sa déclaration de politique générale, ce mardi 3 juillet, devant l’Assemblée nationale. C’est plutôt une sorte de troc proposé au pays : accepter la poursuite de la politique d’austérité déjà engagée par le gouvernement précédent, mais avec quelques amendements, et en particulier la mise en œuvre de mesures fiscales de portée d’abord symbolique pesant sur les contribuables les plus fortunés.

Étrange discours, en effet. Ce n’est pas seulement le souffle qui n’y était pas – ânonnant son propos, trébuchant souvent sur les mots, le premier ministre n’a rien fait pour enthousiasmer son auditoire ni faire rêver le « peuple de gauche » –, c’est surtout qu’il s’est bien gardé de fixer une réorientation en profondeur de la politique économique.

On savait depuis longtemps que 2012 n’aurait guère de point commun avec 1981 ; que la politique économique de l’offre, favorable aux entreprises, ne serait pas abandonnée au profit d’une politique plus favorable à la demande ; qu’une politique de relance ne serait pas plus de saison. Mais enfin ! Pour présenter le cap économique qu’il va suivre, Jean-Marc Ayrault n’a pas même pris soin d’enrober les choses. Car le cap restera globalement inchangé : ce sera celui de l’austérité, tout juste amendé à la marge par des mesures fiscales correctrices, pesant sur les plus grandes fortunes. 

Ce discours très déceptif de Jean-Marc Ayrault n’est certes qu’une demi-surprise. Car depuis plusieurs jours, le gouvernement a clairement fait comprendre qu’il conduirait une politique économique frappée d’une très grande orthodoxie – pour ne pas dire une politique économique d’inspiration franchement néolibérale. Il y a donc d’abord eu le choix très révélateur de n’accorder au Smic qu’un « coup de pouce » ridiculement bas de 0,6 %, soit 2 % inflation comprise, au 1er juillet, alors que le pouvoir d’achat des Français va connaître une chute en 2012 sans précédent depuis 1984 (lire La triple faute de François Hollande). Il y a eu ensuite l’envoi par le premier ministre, en fin de semaine dernière, à tous les membres de son gouvernement, de « lettres de cadrage » fixant des priorités budgétaires pour 2013-2015 aussi draconiennes que celles mises en œuvre par le gouvernement précédent, celui de François Fillon, et même plus sévères en certains cas (lire L’austérité, c’est maintenant !). On a appris à cette occasion que tous les crédits d’équipement du budget de l’État baisseraient de 15 % sur ces trois années, tout comme les crédits d’intervention qui regroupent notamment les crédits sociaux de l’État.

Ce cap-là, très décevant, ce cap d’une politique budgétaire marquée par l'austérité, Jean-Marc Ayrault l’a confirmé lors de son discours de politique générale. CQFD ! Le cadrage de la politique économique d’ensemble restera globalement inchangé, marqué par une double rigueur : rigueur salariale et rigueur budgétaire.

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