Presse: l’Etat subventionne d’abord les milliardaires

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Selon les chiffres du ministère de la culture, que révèle Mediapart, cinq milliardaires ont continué de se partager en 2015 près de la moitié des aides directes que l'État apporte à 326 journaux.

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Le scandale continue ! Les milliardaires qui ont fait main basse sur la plupart des titres de la presse quotidienne nationale (PQN) ou de la presse quotidienne régionale (PQR) empochent l’essentiel des aides directes que l’État verse, soi-disant pour venir en aide à la presse et défendre le pluralisme. C’est ce qui ressort des tableaux statistiques portant sur l’année 2015 que le ministère de la culture et de la communication a présentés en avant-première, le 3 octobre, aux éditeurs de presse, et que Mediapart est en mesure de révéler.

Rompant avec une très longue tradition d’opacité, le ministère de la culture et de la communication publie depuis quatre ans le détail des aides directes que l’État accorde à la presse – qui viennent s’ajouter aux aides indirectes qui bénéficient à toute la presse. Ces statistiques pour 2015 seront donc bientôt publiées sur les sites internet du gouvernement : culture.gouv.fr et data.gouv.fr. Mais elles ont dès à présent été présentées en avant-première, le 3 octobre, aux éditeurs de presse, à l’occasion de la traditionnelle « conférence des éditeurs ».

Voici donc le tableau statistique qui porte sur les aides directes pour l’année 2015 :

                                  (Cliquer sur « Scribd » en bas du document pour l’agrandir)

Pour parvenir à interpréter correctement ces statistiques, il faut avoir à l’esprit que, les années antérieures, les chiffres rendus publics prenaient en compte toutes les aides directes distribuées à la presse, y compris les aides à la distribution postale. C’est ainsi que, pour 2014, les statistiques (que l’on peut télécharger ici) faisaient apparaître des aides pouvant dépasser la dizaine de millions d’euros pour certains titres.

© Mediapart

Comme le montre le tableau ci-dessus, les aides directes les plus importantes culminaient ainsi à 15,2 millions d’euros pour Le Figaro, 14 millions d’euros pour Aujourd’hui en France ou encore 13 millions pour Le Monde.

Mais pour l’année 2015, les services statistiques du ministère ont choisi une nouvelle présentation : on peut consulter dans l'onglet Prolonger associé à cet article la note méthodologique qui explique les critères de ce nouveau mode de calcul. En particulier, celui-ci ne fait plus apparaître les aides postales. Optiquement, les statistiques pour 2015 font donc apparaître des chiffres en baisse, même si, en réalité, les aides directes sont restées à peu près les mêmes.

Et puis surtout, il y a une chose qui ne change pas : aux termes de critères de répartition absolument opaques, ce sont toujours les journaux qui sont la propriété (ou qui le sont devenus) des oligarques qui absorbent la plus grosse part du pactole.

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