Le FMI aussi est contre l'austérité

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L'austérité en Europe? Il n'y a pas que les «économistes atterrés» qui sont contre... Le Fonds monétaire international (FMI) vient de prendre position contre la rigueur, dans une étude spectaculaire qui montre que, loin de servir la croissance, les vieilles recettes la minent à court terme.

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Dans la foulée des mobilisations européennes contre l'austérité, et à la veille d'un colloque parisien d'«économistes atterrés» par le retour des bonnes vieilles recettes d'avant la crise, l'étude du FMI tombe à pic. Dans le troisième chapitre de son rapport d'octobre sur les Perspectives économiques mondiales, l'institution de Dominique Strauss-Kahn tord le cou à la doxa sur l'austérité. Non, écrit le Fonds, la rigueur ne sert pas la croissance – c'est même, à court terme, le contraire.
Principale conclusion de l'étude, à partir des politiques menées ces 30 dernières années dans le monde: une période de «consolidation fiscale» (baisse des dépenses publiques et/ou hausse des impôts) d'une ampleur de 1% du Produit intérieur brut (PIB) entraîne un repli de 0,5% environ de l'activité deux ans plus tard. Quant au taux de chômage, il grimpe de 0,3%. La demande intérieure (la consommation des ménages, mais aussi les investissements des entreprises) recule de 1%. La France, pour mémoire, a promis 100 milliards d'euros d'économies d'ici 2013. Soit 5% environ de son PIB...
C'est la première fois que le FMI dit aussi clairement les choses. Jusqu'à présent, ses prises de position n'étaient pas aussi cohérentes. Aux Etats-Unis, il exhortait à poursuivre la relance, et à se concentrer sur les déficits à moyen terme. En Europe, il conseillait sans détour l'austérité pour éviter une nouvelle crise «à la grecque», à l'exception de l'Allemagne, portée par son généreux excédent commercial. Le Fonds avait par exemple défendu la réforme des retraites en France, en raison de ses effets bénéfiques sur les comptes publics.
Autre conclusion d'intérêt: les hausses d'impôt ont des effets plus néfastes sur l'activité que les baisses de dépenses publiques, en cas d'austérité. «Le FMI écrit des choses sensées», s'est félicité mardi sur son blog le lauréat du prix de la banque de Suède à la mémoire d'Alfred Nobel, Paul Krugman, après la publication du rapport.

Alberto Alesina versus FMI

Cette étude sonne comme un désaveu pour bon nombre d'experts et de politiques qui, depuis le printemps, en Europe en particulier, ne jurent plus que par l'austérité. Premier d'entre eux, le patron de la Banque centrale européenne (BCE), Jean-Claude Trichet, inlassable défenseur de la rigueur. Pour lui, l'austérité est vertueuse, parce qu'elle redonne de la confiance en l'avenir, aux ménages comme aux investisseurs, qui se remettent alors à consommer.

Les conclusions du FMI contredisent surtout point par point une étude au retentissement international, signée par un professeur de l'université de Harvard, Alberto Alesina, en début d'année. Cet économiste italien, devenu vedette médiatique en quelques semaines, a lui aussi mené des travaux sur la réduction de dette au sein des pays de l'OCDE depuis les années 1980. Sa démonstration aboutissait à des résultats spectaculaires, mais très différents, dont n'a cessé de se gargariser la presse anglo-saxonne depuis leur publication: croissance et rigueur vont de pair. Ce qu'Alesina a nommé une «contraction budgétaire expansionniste».

Les économistes du FMI démontent la méthodologie d'Alesina: «Pour identifier les périodes de consolidation fiscale, ces travaux recourent souvent à un concept statistique très imparfait», lit-on dans le rapport. Alesina aurait en fait considéré comme période d'austérité des années de croissance qui n'en étaient pas, et inversement – ce qui brouillerait les résultats. Les deux études se rejoignent toutefois pour dire qu'à long terme, les stratégies de réduction de la dette sont bénéfiques aux économies nationales. Alesina n'a pas encore réagi aux travaux du FMI.